CFP 05.03.2026

Revue Le Moyen Âge: Les motifs épigraphiques sur les objets du Moyen Âge

Eingabeschluss : 15.05.2026

Anne-Clothilde Dumargne

Revue Le Moyen Âge: Les motifs épigraphiques sur les objets du Moyen Âge et de la Première Modernité. Numéro coordonné par Anne-Clothilde Dumargne (MRAH-KMKG), Sarah Flitti (Sorbonne Université) et Julie Marchand (ULB, MRAH-KMKG).

Dans les sociétés pré-typographiques, le rapport à l’écrit revêt une importance fondamentale, tant dans les pratiques visuelles, que sociales et cognitives. Les inscriptions signifiantes (textes lapidaires, commémoratifs, votifs, dédicaces, signatures, légendes, etc.) occupent une place majeure dans certains milieux sociaux et culturels et ont fait l’objet d’importantes recherches dans l’historiographie des relations entre épigraphie et histoire de l’art médiéval et de la première modernité. Ces travaux ont notamment souligné comment les inscriptions peuvent être comprises non seulement comme des sources textuelles, mais aussi comme des dispositifs visuels intégrés à l’architecture ou aux objets, liant écriture, image et fonction sociale des œuvres.

En revanche, les inscriptions a priori non signifiantes (pseudo-inscriptions, suites de lettres sans signification apparente, imitations graphiques de systèmes d’écriture) ont souvent été négligées par les approches strictement paléographiques ou philologiques. Or, ces “fausses” inscriptions généralement interprétées comme des erreurs textuelles, des retranscriptions maladroites ou des preuves d’analphabétisme, sont aussi des objets graphiques ayant leur propre statut visuel et fonctionnel, qui participent d’une culture graphique mobile et contextuelle spécifique (Napolitano 2019).

Si l’épigraphie comme discipline académique a longtemps privilégié des corpus d’inscriptions textuellement significatives, cet appel à contributions entend démontrer le potentiel d’un champ de recherche consacré à ces motifs épigraphiques, comme témoins de pratiques d’écriture et de communication - qu’il s’agisse d’inscriptions dépourvues de lecture immédiate ou de graphies imitées à des fins décoratives ou sémantiques - à la croisée de l’histoire de l’écriture, de l’histoire visuelle et de l’anthropologie historique.

Ce numéro thématique espère contribuer à l’étude des rapports entre écriture, image et matérialité, en mettant en lumière ces formes épigraphiques à la frontière du lisible et du visible. Centré sur les motifs épigraphiques visibles sur des objets du Moyen Âge et de la Première Modernité (XIe-XVIIe siècles) produits ou circulant par/dans les mondes chrétiens et islamiques, il invite les chercheurs et chercheuses à explorer ces phénomènes selon les axes suivants (non exclusifs) :

1. Matérialité visuelle des motifs épigraphiques
Formes, dimensions, langues et systèmes graphiques mobilisés
Lettrage, mise en page, supports et techniques
Rythmes et sens de lecture
Articulation entre texte et décor
Processus d’ornementalisation de l’écriture
Comment et pourquoi les lettres et formes épigraphiques sont-elles mobilisées comme motifs décoratifs ? Quelles sont les pratiques de mise en espace et en mots utilisées ? Dans quelle mesure l’écriture s’apparente-t-elle à une image ?

2. Contextes de production et de réception des objets
Conception, ateliers, signatures et rôle des scripteurs et/ou des artisans
Circulation des modèles
Usages sociaux et contextes de réception
Comment ces motifs étaient-ils perçus et interprétés par leurs contemporains ? Quelle place occupaient-ils dans les environnements domestiques, religieux ou socio-culturels ?

3. Approches relationnelles et comparatives
Objets d’une même typologie portant des inscriptions comparables
Objets de typologies différentes mobilisant des motifs similaires
Transferts formels et culturels
L’étude sérielle ou comparative permet-elle de mieux comprendre les logiques de diffusion et d’adaptation de ces motifs ?

4. Pratiques sociales, agentivité et dynamiques transculturelles
Inscriptions exposées ou cachées
Rapport entre mobilité de l’objet et agentivité de l’écriture
Motifs incorporés (textiles, vaisselles… )
Engagement des sens dans l’appréhension de l’objet épigraphique
Pouvoir symbolique de la répétition, du rythme et de la scansion des lettres, mots ou phrases

5. Enjeux méthodologiques et terminologiques
Déchiffrements en cours
Identification et reconnaissance des inscriptions et pseudo-inscriptions
Définition et typologie des objets concernés
Pertinence des catégories : « décorations épigraphiques », « motifs d’inscriptions », « pseudo-écritures »
Comment distinguer écriture signifiante et écriture non signifiante ? Quels outils théoriques et méthodologiques permettent d’analyser ces objets ?
Dans quelle mesure le caractère non signifiant de certaines inscriptions participe-t-il néanmoins de leur efficacité symbolique ? Comment ces motifs opèrent-ils dans des contextes transculturels ?

Modalités de participation
Les propositions pourront s’inscrire dans une perspective historique, anthropologique, philologique, ou issue des études culturelles, visuelles et matérielles. Une attention particulière sera portée aux contributions croisant analyse formelle et approche socio-culturelle.
Les auteurs sont invités à soumettre :
un titre provisoire,
un résumé d’environ 500 mots,
une courte notice biographique et jusqu'à 5 publications notables de l’auteur,
le statut et l’institution de rattachement de l’auteur

Par email aux coordinatrices du numéro thématique, en copie :
- Anne-Clothilde Dumargne, KMKG-MRAH ; a.dumargnekmkg-mrah.be
- Sarah Flitti, Sorbonne Université ; sarah.flittisorbonne-universite.fr
- Julie Marchand, ULB & KMKG-MRAH ; j.marchandkmkg-mrah.be

Calendrier prévisionnel
Date limite d’envoi des contributions : 15 mai 2026
Annonce de la sélection des propositions : 29 mai 2026
Date limite d’envoi des articles rédigés (50 000 signes maximum, notes et espaces compris) : 15 décembre 2026. Les consignes relatives à la mise en forme des manuscrits sont consultables sur le site de la revue : https://shs.cairn.info/docs/Regles_d_edition.pdf?lang=fr
Les articles acceptés seront évalués de manière anonyme, selon le principe de l’expertise en double aveugle (peer review), conformément aux usages de la revue.
Mise en ligne des articles : 2027.

Danièle Alexandre-Bidon, Dans l'atelier de l'apothicaire. Histoire et archéologie des pots de pharmacie. XIIIe-XVIe siècle, Paris, Picard, 2013.

Finbarr Barry Flood et Beate Fricke, Tales Things Tell: Material Histories of Early Globalisms, Princeton, Princeton University Press, 2024.

Brigitte Bedos-Rezak et Jeffrey F Hamburger (dir.), Sign and Design: Script as Image in Cross-Cultural Perspective (300-1600 CE), Washington, Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 2016.

Sheila Blair, Islamic Inscriptions, Édimbourg, Edinburgh University Press, 1998.

John P. Bodel et Stephen D. Houston, The Hidden Language of Graphic Signs: Cryptic Writing and Meaningful Marks, Cambridge-New York, Cambridge University Press, 2021.

Vincent Debiais, Inscrire l’art médiéval : objets, textes, images, Turnhout, Brepols, 2024.

Antony Eastmond (dir.), Viewing Inscriptions in the Late Antique and Medieval World, New York, Cambridge University Press, 2015.

Aden Kumler, « Writing on the World Beyond the Page: Medieval Inscriptions as Facta and Ficta», Deutsche Vierteljahrsschrift für Literaturwissenschaft und Geistesgeschichte, 97, no 2, 2023, p. 447‑484.

Ennio G. Napolitano, Arabic inscriptions and pseudo-inscriptions in Italian art, thèse de doctorat, université de Bamberg, 2019 ; doi: 10.20378/irbo-54582.

Don C. Skemer, Binding Words: Textual Amulets in the Middle Ages, University Park, Pennsylvania State University Press, 2006.

Quellennachweis:
CFP: Revue Le Moyen Âge: Les motifs épigraphiques sur les objets du Moyen Âge. In: ArtHist.net, 05.03.2026. Letzter Zugriff 05.03.2026. <https://arthist.net/archive/51895>.

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