CFP 15.02.2025

Cartographic Imaginaries (Paris, 11 Jun 25)

Paris, France, 11.06.2025
Eingabeschluss : 30.03.2025

Elif Karakaya, University of Rochester

[english version below]

Imaginaires cartographiques : Espaces et images de l’Europe centrale et orientale, de la Méditerranée orientale, du Caucase et de l’Asie centrale.

Au XXe siècle, l’effondrement d’empires (ottoman, austro-hongrois, russe/soviétique) ou d’États multiethniques (Yougoslavie) a reconfiguré les territoires de l’Europe centrale et orientale, de la Méditerranée orientale, du Caucase et en Asie centrale. Les (re)délimitations de l’espace ont déplacé des communautés, restreint la mobilité et redessiné des régions, de même que leur réseau de communication. Tout au long de l’histoire, la cartographie n’a pas seulement enregistré les ambitions impérialistes et colonialistes, elle a également joué un rôle crucial dans la construction des nations, à mesure que ces régions se re-définissaient. Bien que les cartes suggèrent un régime visuel basé sur l’abstraction, les expériences vécues et les pratiques incarnées des individus et des communautés affectées par la transformation de ces régions ont refaçonné l’espace de manière différente de ses représentations officielles : les routes migratoires établissant un réseau de lieux autrefois non connectés ; les croquis de mémoire des réfugiés sur leurs patries perdues exprimant des imaginaires cartographiques ; les interventions artistiques dans l’espace évoquant la dérive situationniste, une approche expérientielle de l’espace révélant des connexions et des récits cachés au sein du tissu urbain et social. Ces approches incarnées et phénoménologiques constituent un savoir spatial « situé », tel que l’a introduit Donna Haraway dans son essai fondamental « Les savoirs situés » (1988), ayant un impact significatif sur la discipline de la géographie. Le concept de « savoir situé » a influencé les méthodologies des études spatiales, soulignant comment le savoir géographique reflète souvent des cadres coloniaux, nationalistes, patriarcaux ou capitalistes. De même, l’essor d’un « tournant spatial » dans les études consacrées à l’Europe centrale et orientale, à la Méditerranée orientale, au Caucase et en Asie centrale ouvre la voie à une relecture critique des narrations territoriales et identitaires, tout en valorisant de nouvelles approches multi-situées et décentrées.

Cette journée d’étude invite à explorer la pluralité de sens que peut revêtir la notion de « carte », à la fois outil matériel et fonctionnel, mais aussi support de l’imaginaire. En un sens, inventer une cartographie inédite revient à concevoir de nouvelles méthodologies scientifiques. À l’ère de la globalisation, les perspectives globales et transnationales en sciences humaines et sociales encouragent par ailleurs à interroger les cartographies et historiographies élaborées au XXe siècle, notamment dans le champ de l’histoire de l’art. C’est dans ce contexte que, dans son essai « Du tournant spatial ou une histoire horizontale de l’art » (dans L’art à l’ère de la globalisation, 2022), Piotr Piotrowski défend des « narrations historico-artistiques pluralistes » et revendique l’avènement d’une histoire (de l’art) à la fois polyphonique, multi-située et multidimensionnelle. À sa suite, beaucoup contestent une conception verticale et universalisante de l’histoire de l’art et les normes établies et imposées par les puissances occidentales.

Outre ses implications méthodologiques, la cartographie renvoie également à un régime visuel, nous invitant à réfléchir à la manière dont les images — artistiques ou non — modifient notre perception de l’espace. On peut la considérer comme un atlas visuel, un collage d’images, établissant diverses connexions spatiales, à l’instar de l’Atlas Mnémosyne de l’historien de l’art Aby Warburg. Les cartes constituent aussi un médium et un matériau artistique à travers lesquels s’élaborent ou se négocient les récits spatiaux dominants.

Comment aborder alors, les pratiques et objets visuels qui proposent une cartographie subversive, re-imaginant et cartographiant les territoires de l’Europe centrale et orientale, de la Méditerranée orientale, du Caucase et de l’Asie centrale ? Comment les images — artistiques ou non — mettent-elles à l’épreuve les savoirs géographiques et cartographiques produits dans un dispositif (post-)impérialiste, colonialiste ou nationaliste ? Que nous apprennent les artistes de ces régions de la malléabilité, de la plasticité, de la fluidité de leurs géographies ? Face aux prétentions d’objectivité et de positivité des cartographies impériales, coloniales et nationalistes, comment intégrer les souvenirs, les affects et les rêves, comme nous le rappelle Bachelard, dans le registre de l’espace et de la géographie ?

Cette journée d’étude doctorale vise à engager une réflexion critique sur ces reconfigurations spatiales et leurs résonances dans des cas historiques ainsi que contemporains. Elle invite des contributions interdisciplinaires qui réexaminent le passé et le présent de cette vaste région à travers diverses disciplines et champs d’étude : les études migratoires, les études urbaines et culturelles, la sociologie, l’histoire, l’histoire de l’art, l’anthropologie visuelle, les sciences politiques et la géographie critique. Les contributions portant sur des objets et pratiques visuels sont particulièrement encouragées. En adoptant une approche multi-située, nous visons à ouvrir de nouvelles perspectives sur la manière dont la culture visuelle et matérielle remet en question les savoirs spatiaux et géographiques.

Nous vous proposons de travailler sur, sans s’y limiter, les sujets suivants :

-Imaginaires de la diaspora et de l’exil : le rôle de la mémoire, des cartes et de la psychogéographie dans la formation des identités et des productions culturelles en contexte diasporique.
-Migration et mobilité : la reconfiguration des cartes à travers les expériences vécues (question des routes migratoires et de leurs transformations, œuvres traitant des souvenirs des lieux abandonnés réalisés par des personnes réfugiées ou en situation de migration).
-Pratiques de contre-cartographie : interventions artistiques, performatives, activistes et littéraires qui se réapproprient ou détournent les cartes, ou encore qui interviennent dans l’espace matérialisé à travers des formes d’art dans l’ espace public, remettant en question les frontières géopolitiques établies.
-La production de l’espace : analyse de l'architecture et la planification urbaines, des espaces publics et urbains comme autant de sites de contestation, de mémoire et de réinvention de la formation de l’espace et de sa représentation.
-Toponymie et appropriation de l’espace : ré-imagination de l’espace à travers la transformation des noms de lieux ou d’autres symboles linguistiques.

Conditions de participation :

-Doctorant·e ou jeune docteur·e (soutenance il y a moins de 5 ans) inscrit·e en France ou à l’étranger.
-Les communications doivent être originales, inédites et peuvent être rédigées et présentées en français ou en anglais.
-Les propositions doivent inclure les informations suivantes dans un seul document (word ou PDF) : nom et affiliation institutionnelle de l’auteur·ice ; biographie de l’auteur·ice (maximum 150 mots) ; titre, axe thématique et résumé de communication (environ 300 mots).
-Les personnes intéressées pourront soumettre leur proposition jusqu’au 30 mars 2025 par courriel à l’adresse suivante :
-La réponse du comité scientifique sera communiquée dans la semaine du 14 avril.
-Afin de laisser du temps pour la discussion des communications, chaque participant·e disposera de 20 minutes pour son exposé.
-La conférence se tiendra au Campus Condorcet (Aubervilliers), au sein du bâtiment EHESS. Si nécessaire, une participation en ligne par visioconférence pourra être envisagée ; cependant, les interventions en présentiel sont encouragées.
-Le cas échéant, les frais de déplacement et d’hébergement depuis la ville d’origine jusqu’à Paris sont à la charge des participant·es.

[english version]

Cartographic Imaginaries: Spaces and Images of Central and Eastern Europe, the Eastern Mediterranean, the Caucasus, and Central Asia.

In the 20th century, the collapse of empires (Ottoman, Austro-Hungarian, Russian/Soviet) and multiethnic states (Yugoslavia) reshaped the territories of Central and Eastern Europe, the Eastern Mediterranean, the Caucasus, and Central Asia. The (re)delimitation of these spaces led to the displacement of communities, the restriction of mobility, and the reconfiguration of regions along with their communication networks. Throughout history, cartography has not only recorded imperialist and colonial ambitions but has also played a crucial role in nation-building as these regions redefined themselves. While maps suggest a visual regime based on abstraction, the lived experiences and embodied practices of individuals and communities affected by the transformation of these regions have reframed space in ways that differ from its official representations: migratory routes establishing networks between previously unconnected places; refugees’ memory sketches of their lost homelands expressing cartographic imaginaries; artistic interventions in space echoing Situationist drift, offering an experiential approach to space that reveals hidden connections and narratives within the urban and social fabric. These embodied and phenomenological approaches constitute a form of “situated” spatial knowledge, as introduced by Donna Haraway in her seminal essay Situated Knowledges (1988), which had a significant impact on the discipline of geography. The concept of “situated knowledge” has influenced methodologies of spatial studies by highlighting how geographical knowledge often reflects colonial, nationalist, patriarchal, or capitalist frameworks. Similarly, the rise of a “spatial turn” in studies focused on Central and Eastern Europe, the Eastern Mediterranean, the Caucasus, and Central Asia has paved the way for a critical re-reading of territorial and identitarian narratives while promoting multi-situated and decentralized approaches.

This graduate conference invites participants to explore the various meanings that the concept of 'map' can assume—not only as a material and functional tool but also as a vessel for the imagination. In a sense, inventing a new cartography corresponds to developing new scientific methodologies. In the era of globalization, global and transnational perspectives in the humanities and social sciences also encourage questioning the cartographies and historiographies developed in the 20th century, particularly in the field of art history. In this context, Piotr Piotrowski, in his essay “On the Spatial Turn or a Horizontal History of Art” (in Art in the Age of Globalization, 2022), advocates for “pluralist art-historical narratives” and calls for the emergence of a polyphonic, multi-situated, and multidimensional (art) history. Following his lead, many scholars challenge the vertical and universalizing conception of art history, and the standards established and imposed by Western powers.

Beyond its methodological implications, cartography also refers to a visual regime, inviting us to reflect on how images—artistic or otherwise—alter our perception of space. It can be viewed as a visual atlas, a collage of images establishing various spatial connections, reminiscent of The Mnemosyne Atlas by art historian Aby Warburg. Maps also serve as an artistic medium and material through which dominant spatial narratives are reconsidered or contested.

How, then, can we approach visual practices and objects that offer subversive cartographies, reimagining and remapping the territories of Central and Eastern Europe, the Eastern Mediterranean, the Caucasus, and Central Asia? How do images—artistic or otherwise—challenge the geographical and cartographic knowledge produced within (post-)imperialist, colonial, or nationalist frameworks? What do artists from these regions teach us about the malleability, plasticity, and fluidity of their geographies? Against the claims of objectivity and positivism put forth by imperial, colonial, and nationalist cartographies, how can we weave memories, affects, and dreams—echoing Bachelard’s insights—into the register of space and geography?

This graduate conference aims to foster critical reflection on these spatial reconfigurations and their resonances in both historical and contemporary contexts. We invite interdisciplinary contributions that re-examine the past and present of this vast region through various disciplines and fields of study, including migration studies, urban and cultural studies, sociology, history, art history, visual anthropology, political science, and critical geography. Contributions focusing on visual objects and practices are particularly encouraged. By adopting a multi-situated approach, we seek to open new perspectives on how visual and material culture challenges spatial and geographical knowledge.

Suggested topics include, but are not limited to:

- Diasporic and Exilic Imaginaries: The role of memory, maps, and psychogeography in shaping identities and cultural productions in diasporic contexts.
- Migration and Mobility: The reconfiguration of maps through lived experiences (e.g., migratory routes and their transformations, artworks reflecting the memories of abandoned places created by refugees or migrants).
- Counter-Mapping Practices: Artistic, performative, activist, and literary interventions that reclaim or subvert maps, or that engage with materialized space through public art forms, challenging established geopolitical borders.
- The Production of Space: Analysis of architecture and urban planning, as well as urban and public spaces as sites of contestation, memory, and reinvention of spatial formation and representation.
- Toponymy and Spatial Appropriation: The re-imagination of space through the transformation of place names or other linguistic symbols.

Submission Guidelines:

- Open to PhD students/candidates or early-career researchers (within 5 years of defending their dissertation) enrolled in institutions in France or abroad.
- Papers must be original, unpublished, and may be written and presented in either French or English.
- Proposals should include the following information in a single document (Word or PDF): author’s name and institutional affiliation; a brief biography (max. 150 words); title, and an abstract (approx. 300 words).
- Please submit proposals by March 30, 2025 to the following email address: jdcetobac2025(at)gmail.com
- Authors will be notified of the scientific committee’s decision during the week of April 14, 2025.
- To allow time for discussion, each presentation will be limited to 20 minutes.
- The conference will be held at Campus Condorcet (Aubervilliers), in the EHESS building. If necessary, online participation may be considered; however, in-person presentations are highly encouraged.

Participants are responsible for covering their own travel and accommodation expenses from their place of residence to Paris.

Comité d’organisation / Organizing Committee :
Nathalie de Kaniv (CETOBaC – EHESS)
Elif Karakaya (University of Rochester, CETOBaC – EHESS)
Esther Pedarros (CETOBaC – EHESS)
Melody Robine (CETOBaC – EHESS, Sorbonne Université)
Clotilde Scordia (CETOBaC – EHESS)

CETOBaC (Centre d'études turques, ottomanes, balkaniques, centrasiatiques)
EHESS, Campus Condorcet, 2 Cours des Humanités, Aubervilliers

For more information:
https://cetobac.ehess.fr/appel/appel-communications-journee-detude-des-doctorantes-du-cetobac

Quellennachweis:
CFP: Cartographic Imaginaries (Paris, 11 Jun 25). In: ArtHist.net, 15.02.2025. Letzter Zugriff 03.04.2025. <https://arthist.net/archive/43958>.

^