Colloque international:
LES DONS DIPLOMATIQUES À L’ÉPOQUE MODERNE ET CONTEMPORAINE:
Définitions, mutations et patrimonialisations à l’échelle du monde.
Académie de France à Rome – Villa Médicis, Grand Salon, Viale della Trinità dei Monti, 1
Une coopération entre:
Académie de France à Rome -Villa Médicis
Université Picardie Jules-Verne, TrAme - UR UPJV 4284
Université Paris Nanterre, HAR, équipes HMod-HCont
Comité d’organisation
Alessandro Gallicchio (Académie de France à Rome -Villa Médicis)
Valentina Hristova (Université de Picardie Jules-Verne, Amiens)
Natacha Pernac (Université Paris-Nanterre)
Comité scientifique
Lucien Bély (Sorbonne Université, membre de l’Institut, Académie des sciences morales et politiques)
Serge Gruzinski (CNRS, EHESS, Paris)
Guido Guerzoni (Università Luigi Bocconi, Milan)
Francesco Freddolini (Sapienza Università di Roma)
Mei Mei Rado (Bard Graduate Center, New York)
Alessandro Gallicchio (Académie de France à Rome)
Valentina Hristova (Université de Picardie Jules-Verne, Amiens)
Natacha Pernac (Université Paris-Nanterre)
Témoins éloquents des commerces apaisés, les dons diplomatiques ont fait l’objet d’importants travaux ces dernières décennies. A la suite de la réflexion séminale de Marcel Mauss sur l’anthropologie du don, les historiens de la diplomatie des temps modernes (Bély ; Frigo) se sont attachés aux contextes matériels et politiques dans lesquels se sont déployés les échanges interculturels et intercultuels. Tandis que l’histoire connectée a pris pour jalons des objets signifiants (Subrahmanyam; Gruzinski; Cooke), l’histoire de l’art (Castelluccio; Rado) s’est intéressée avec profit aux rapports entre diplomatie et commerce, aux transferts techniques et artistiques, aux circuits et acteurs, sous l’angle de l’implication des manufactures notamment. Les chercheurs ont fait la part belle à de nombreuses études de cas dans des aires d’échanges spécifiques ou à des typologies de dons. Tout récemment, les historiens du droit ont analysé comment les règlementations contemporaines ont tâché de substituer la transparence à des pratiques de corruption fréquentes.
Ce colloque s’attachera à partir de l’histoire de l’art connectée, matérielle, post-coloniale, mais aussi l’anthropologie culturelle et la muséographie à mieux comprendre ces «objets ambassadeurs» (Kasarhérou), dans leur richesse sémantique, leur matérialité et leur temporalité, et à prendre la mesure des «rhizomes» (Bachir Diagne) fertiles qu’ils vont féconder sur d’autres territoires. La réflexion entend, en premier lieu, interroger à nouveaux frais, en croisant notamment anthropologie et histoire politique, les définitions et la distinction parfois ténue entre présent diplomatique, don tributaire et butin de guerre, commande ou réalisation commémoratives, ainsi que leurs rôles (symboliques, affectifs, pacificateurs, politiques etc.) dans l’institution des relations internationales et la ritualisation des échanges. Il s’agit par-là d’analyser, en confrontant les récits, le statut qu’ils revêtent de part et d’autre de la chaîne, dans des contextes variés.
La pratique culturelle des dons d’amitié pose d’emblée la question des conditions de leur commande, leur élaboration, parfois leur fabrication, ainsi que celle de la valeur symbolique des matériaux. Comme l’ont montré les études articulant l’histoire de la diplomatie à l’histoire du commerce (Zhao et Simon; Schaub; Guerzoni), les présents sollicitent tout autant les savoir-faire ou artisanats d’art locaux et les manufactures, ou les technologies innovantes qu’ils ne les mettent en valeur, les légitiment et célèbrent le haut degré de maîtrise de leurs producteurs tout en faisant écho à la prospérité et la parfaite gouvernance du territoire qui les voit naître. Quant aux créateurs, ils peuvent être employés par le puissant, voire bénéficier, en indépendants, de la concurrence entre princes. Dans certains cas, notamment dans les relations interconfessionnelles, les émissaires peuvent eux-mêmes être les acteurs de la fabrication de ces dons. Outre le recours à des productions autochtones traditionnelles ou à des commandes croisées, sera questionné parallèlement l’usage éventuel d’objets métis ou d’objets frontières, porteurs d’un ailleurs acclimaté et de sémantisations multiples, comme présents notamment dynastiques. En abordant le choix des objets et leur matérialité à l’aune de phénomènes économiques, socio-culturels, et sans négliger l’histoire du religieux et le poids des idéologies, le colloque ambitionne ainsi de comparer les circuits des commandes, les modalités d’adaptation et la part de normes et libertés, en recontextualisant les pratiques et en examinant les stratégies de domination sous-jacentes.
Si la singularité du cadeau protocolaire tient à la richesse et la sophistication de son message, simultanément représentatif du donateur et adapté au destinataire, à sa magnificence d’exécution ou de support, mais également au rite de sa présentation, la liste est longue des typologies d’«objets» choisies: portraits officiels, tapis, militaria, vaisselle, naturalia, costumes, joaillerie et horlogerie, objets cultuels ou apotropaïques, ou encore animaux, jusqu’aux nains de cour, etc. Les interventions exploreront des cas variés, et accorderont une attention particulière à certains objets spécifiques qui sont, par nature même, des présents diplomatiques, tels les portraits de présentation, médailles, handsteinen, ou calumets de la paix.
En considérant le temps long des relations diplomatiques, le colloque souhaite surtout analyser pleinement l’agentivité évolutive des présents, du renforcement des alliances dynastiques princières à la consolidation des États-nations, ainsi que la manière dont les objets transmis construisent et potentiellement reconfigurent les liens.
- Comment ces objets s’inscrivent-ils dans une politique du don, sérielle ou renouvelée au fil du temps?
- Selon quels rituels ces témoins qui scellent l’entente doivent-ils eux-mêmes réactiver l’alliance (contre-don, voyage de reconnexion…)?
- Comment sont-ils perçus et compris quelques années après leur offrande, et, dès lors qu’ils deviennent partie prenante des discours de patrimonialisation, notamment dans des lieux dédiés à leur conservation collective, lesquels sont à leur tour des outils agissants?
- Quelles réflexions sur l’espace et le display accompagnent ces objets, avec quelles mises en scène, stratégies visuelles, jeux de matériaux pendant la rencontre et une fois déposés auprès du puissant?
- De quels discours et narrations se font-ils porte-parole?
- Par ailleurs, qu’advient-il, et avec quel impact symbolique, des dons qui ne parviennent pas à leur destinataire?
- Certains présents, témoignages de liens pacifiés, ont été appropriés par d’autres puissances dominantes, colonisatrices, ou occupantes: quelles en furent les circuits, parfois complexes, les enjeux, culturels ou propagandistes, et les effets de transferts sémantiques?
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PROGRAMME:
LUNDI 2 mars 2026
9:00 Accueil
9:30 Ouverture
Sam Stourdzé
Alessandro Gallicchio (Académie de France à Rome – Villa Médicis)
Introduction
Valentina Hristova (Université de Picardie Jules-Verne, Amiens)
Natacha Pernac (Université Paris-Nanterre)
LES DÉFINITIONS EN QUESTION
Présidence de session: Valentina Hristova (Université de Picardie Jules-Verne, Amiens)
10:00 Sur les dons (réels ou imaginaires) d’Uzun Hasan à l’État vénitien
Matthew E. Gillman (Columbia University, New York)
10:20 Une collection des tranchées : les œuvres découvertes par l’Armée française d’Orient au Louvre. Don diplomatique ou butin de guerre ?
Violette Gautier (Université de Picardie Jules-Verne, Amiens)
10:40 Between Transnational Production and Cultural Diplomacy: Making and Managing Chinese Gardens Overseas
Zeming Taro Cai (University of Toronto)
11:00 débat
11:30 pause café
RÉCITS CROISÉS, SOURCES ET REPRÉSENTATIONS EN REGARD
Présidence de session: Francesco Freddolini (Sapienza Università di Roma)
11:45
Les cadeaux diplomatiques entre Empire ottoman et souverains occidentaux au XVIe siècle. Peut-on parler de réciprocité ?
Frédéric Hitzel (EHESS, CETOBaC, Paris)
12:05
The geography of diplomatic gifts: gift givings and the diverse gift profiles of state ambassadors in 18th century ottoman diplomatic ceremonial
Hümeyra Şahin Oktay (İstanbul Üniversitesi / Tobb Üniversitesi, Ankara)
12:25 débat
12:40 pause déjeuner
LES VIES DE L’OBJET: FABRICATION, RECEPTION, DISPLAY
Présidence de session: Guido Guerzoni (Università Luigi Bocconi, Milan)
14:15
«Que lui avions-nous apporté ?»: les déboires des cadeaux diplomatiques du Portugal au souverain éthiopien Lebna Dengel (1515-1520)
Alain Mathilde (Université de Grenoble Alpes)
14:35
Versailles et le monde: les présents de Louis XV (1715-1774)
Marie-Laure Buku Pongo (Frick Collection, New York)
14:55
Crafting Diplomacy: Extraordinary Embassies’ Visits to the Gobelins Manufacture and the Garde- Meuble de la Couronne, 1662-1789
Barbara Lasic (Sotheby’s Institute of Art, Londres)
15:15 débat
15:45 pause café
LES VIES DE L’OBJET: PATRIMONIALISATION
Présidence de session: Natacha Pernac (Université Paris-Nanterre)
16:00
Représentation et patrimonialisation des visites et dons diplomatiques en un haut lieu militaire, de l’Hôtel des Invalides au musée de l’Armée, 1675-2025
Sylvie Le Ray-Burimi (musée de l’Armée, Paris)
16:20
The Qing Empire’s Gift to the Permanent Court of Arbitration: Transforming the Logic of Gift-Giving in Late Qing Diplomacy (1907–1911)
Yuxuan Zhou (Université de Genève)
16:40
Le musée Senghor, une vitrine de la diplomatie culturelle du Sénégal, 1960-1980
Mohamadou M. Dieye (Musée d'art africain Théodore Monod, École doctorale ETHOS, Dakar)
17:00 débat
17:30 pause café
Special lecture :
17:45
French Diplomatic Gifts in the Shaping of Qing Imperial Arts during the Long Eighteenth Century
Mei Mei Rado (Bard Graduate Center, New York)
18:05 débat
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MARDI 3 mars 2026
9:00 Accueil
STRATÉGIES ET POLITIQUE DES DONS DIPLOMATIQUES (TEMPS LONG/SÉRIALITÉ)
Présidence de session: Lucien Bély (Sorbonne Université, membre de l’Institut, Académie des sciences morales et politiques, Paris)
9:30
Entre jeux d’échelles et variété des typologies: les cadeaux diplomatiques des Médicis et des Este au second Cinquecento
André Rocco (Université de Liège)
9:50
Les dons cycliques de « pietra dura » entre l’Inde et l’Italie de c. 1620 à 2020: entre charge historique et enjeux de supériorité
Lola Cindric (EHESS, Paris)
10:10 débat
10:30 pause café
10:45
Giulio Rospigliosi and Pascual de Aragón: The Role of Gifts in Relations Between Madrid and Rome and Their American Projection
Carrio Invernizzi Diana (UNED, Madrid)
11:05
Dono Dedimus Sacrum Corpus Christi Martyris, Corpisanti as Diplomatic Gifts from the Holy See to Mexico (1833–1860) Montserrat
A. Báez Hernández (Università di Teramo, KU Leuven)
11:25 débat
11:45 pause déjeuner
Special lecture:
12:00
Du Japon à Madrid via México: Mondialisation, chocs des cultures et dons diplomatiques au sein de la Monarchie catholique (1580-1640)
Serge Gruzinski (CNRS, EHESS, Paris)
12:20 débat de clôture
12:45 pause déjeuner
(Afternoon: visits only for participants)
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Gratuit sur réservation:
https://www.ticketlandia.com/m/ event/i-doni-diplomatici-it
Reference:
CONF: Les dons diplomatiques à l'époque moderne et contemporaine (Rome, 2-3 Mar 26). In: ArtHist.net, Feb 23, 2026 (accessed Feb 23, 2026), <https://arthist.net/archive/51813>.