CFP 17.12.2021

Art et amitié aux XVIIe et XVIIIe siècles en Europe (Paris, 14 Jun 22)

Salle Vasari, INHA, 6 rue des Petits Champs, 75002 Paris, 14.06.2022
Eingabeschluss: 31.03.2022

FLORENCE FESNEAU, Université Paris I Panthéon-Sorbonne

À la suite de la pandémie qui nous a chacun isolés, des revues telles que le Courrier international et Philosophie magazine consacraient leur numéro de cet été à l’amitié. Nous souhaitons, à travers cette journée d’étude, interroger cette notion d’actualité au prisme d’une histoire sociale et culturelle de l’art. Comment les artistes des XVIIe et XVIIIe siècles vivaient-ils et concevaient-ils l’amitié ?

Comme le rappelle Aurélie Prévost dans son récent ouvrage intitulé L’Amitié en France aux XVIe et XVIIe siècles : Histoire d’un sentiment, ce terme recouvre, pour les Modernes, une polysémie très riche. Il désigne tout autant le sentiment de bienveillance, la relation érotique amoureuse, l’harmonie que l’affection filiale, conjugale, charitable ou religieuse. Dans son Dictionnaire, Furetière l’applique même à la viande. Il explique ainsi : « qu’une viande n’a point d’amitié, pour dire, qu’elle est dure, infipide, ou degouftante ».

De Descartes à Kant en passant par la marquise de Sablé, Spinoza, Jean de La Fontaine et les philosophes des Lumières, cette notion a été largement traitée en littérature et en philosophie. Qu’elle soit fusionnelle, comme celle qu’entretiennent La Boétie et Montaigne, immortalisée par la célèbre formule de ce dernier « Parce que c’était lui, parce que c’était moi », ou vécue comme une trahison, à l’instar de celle qui déchire Diderot, Rousseau, Voltaire et D’Alembert dans le cadre de la rédaction de l’Encyclopédie, l’amitié est à l’origine de nombre de textes et de maximes qui constituent aujourd’hui notre patrimoine culturel.

Qu’en est-il du domaine artistique ? Quelles relations, qu’il s’agisse d’amitiés ou de rivalités, peintres, sculpteurs, architectes, graveurs, orfèvres, miniaturistes, médaillistes et tisseurs des XVIIe et XVIIIe siècles entretiennent-ils ? Quelles sont les conséquences de ces relations sur les productions artistiques contemporaines ? Est-il possible d’identifier et de cartographier des réseaux d’artistes unis par les liens de l’amitié et mettant leurs affinités au service de créations communes ?

De nombreux artistes font également de l’amitié le sujet de leurs œuvres. Au XVIIe siècle, l’histoire de David et Jonathan, tirée du Livre de Samuel, est mise en peinture par Rembrandt van Rijn. Au début du XVIIIe siècle, le graveur hollandais Arnold Houbraken représente une personnification de l’amitié. En France, Jean-Baptiste Pigalle réalise, en 1753, une allégorie de l’amitié dont l’ambition est de marquer l’évolution de la relation entre Louis XV et la marquise de Pompadour ; cette dernière souhaite en effet souligner qu’elle reste l’amie de cœur du souverain après avoir été sa maîtresse. En 1760, le peintre François Boucher réalise l’École de l’amitié. L’importance des portraits d’amis et la qualité de ces amitiés, entre un peintre et son mécène, comme Antoine Watteau et Jean de Julienne, entre artistes, comme Jean-Honoré Fragonard et Marguerite Gérard[8], doivent également être interrogées. Comment rendre visible le sentiment d’amitié dans une œuvre d’art visuelle ? Qu’elle soit peinte, gravée ou sculptée, est-il possible de « lire » l’affection qui unit des êtres chers ? Comment leurs regards, leurs gestuelles et leurs attitudes expriment-ils ce sentiment ? Quels procédés visuels l’artiste utilise-t-il pour faire apparaître ce sentiment fondé sur la sincérité, la confiance et l’engagement ?

Dans cette optique, cette journée d’étude entend explorer plusieurs axes non exhaustifs. Nous souhaitons notamment questionner :

l’histoire culturelle de l’amitié / des amitiés,
la sociabilité (à l’échelle de l’individu),
les réseaux (à l’échelle du collectif),
les querelles et les rivalités, voire les procès engendrés par une amitié qui dégénère,
les amitiés débouchant sur des collaborations artistiques,
la représentation de l’amitié à travers l’iconographie religieuse, les portraits d’amis ou de mécènes, les conversation pieces, les scènes de genre et les allégories,
les motifs, les signes, les gestes et les postures associés à la représentation de l’amitié,
les objets qui incarnent l’amitié,
les lettres d’artistes,
et les marges de l’amitié : les amours cachés, voire interdits, mais vécus à travers une amitié affichée aux yeux de tous.

Propositions de communication
Les propositions de communication, en français ou en anglais, d’environ 500 mots, pourront prendre la forme de propos généraux ou d’études de cas. Les candidats sont priés de joindre un curriculum vitae.

Date limite d’envoi des propositions : 31 mars 2022.

Envoi des propositions et contacts :
asso.grhamgmail.com et charlotte_roussethotmail.com

Cette journée d’étude est organisée par le GRHAM et Charlotte Rousset (Doctorante à l’université de Lille, IRHiS).

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Call for Papers: Art and friendship in the 17th and 18th centuries in Europe

Following the pandemic which isolated all of us, magazines such as Courrier international and Philosophie magazine have dedicated their publication to friendship. This workshop intends on discussing this topical notion through the prism of cultural and social history in art. How did 17th– and 18th-century artists live and conceive friendship?

In her recent publication L’Amitié en France aux XVIe et XVIIe siècles : Histoire d’un sentiment, Aurélie Prévost reminds us that the term friendship for Modernists entails a large polysemy. It can refer to a feeling of benevolence, erotic love, harmony, or even a filial, marital, charitable, or religious affection. Furetière in his Dictionnaire even applies it to meat. He states: ‘qu’une viande n’a point d’amitié, pour dire, qu’elle est dure, infipide, ou degouftante [A piece of meat is said to lack friendship when it is hard, flavourless or disgusting]’.

Friendship is at the origin of many texts and maxims which constitute today our cultural heritage. Descartes, Kant, the Marquise de Sablé, Spinoza, Jean de La Fontaine, and the philosophers of the Enlightenment have all treated the notion of friendship in literature and philosophy. It can be passionate, like the one maintained by La Boétie and Montaigne, immortalized by the quote ‘Parce que c’était lui, parce que c’était moi [Because it was him, because it was me]’, or experienced as a betrayal like the one that tore Diderot, Rousseau, Voltaire and D’Alembert when they were writing the Encyclopédie.

What about the art sector? What sort of relationship, whether friendships or rivalries, did 17th- and 18th-century painters, sculptors, architects, engravers, goldsmiths, miniaturists, medalists, and weavers have? What consequences did these have on their contemporary productions? Is it possible to map out united networks of artists through the link of friendship and joint creations?

Many artists made friendship the main subject of their work. Rembrandt van Rijn depicted the story of David and Jonathan from the Book of Samuel in the 17th century. Arnold Houbraken, a Dutch engraver, depicted a personification of friendship at the start of the 18th century. In France, in 1753, Jean-Baptiste Pigalle produced an allegory of friendship to mark the evolution of the relationship between Louis XV and the Marquise de Pompadour and to emphasize that she remained a beloved friend of the king after having been his mistress. The painter François Boucher produced l’École de l’amitié in 1760. One must also question the importance of portraits of friends and the character of these friendships. These can be between a painter and his patrons such as Antoine Watteau and Jean de Julienne or between artists such as Jean-Honoré Fragonard and Marguerite Gérard.

How to make visible the feeling of friendship in a visual art piece? Is it possible to ‘read’ the emotions uniting loved ones through the medium of painting, engraving, or sculpting? How do gazes, gestures, and attitudes express this feeling? What visual devices does the artist use to convey this feeling of sincerity, trust, and commitment?

With this in mind, this workshop intends on exploring a wide variety of themes, such as:

The cultural history of friendship/friendships
Sociability (on the individual scale)
Networks (on the collective scale)
Quarrels and rivalries, even lawsuits created by a deteriorating friendship
Friendships leading to artistic collaborations
The representation of friendship in religious iconography
Portraits of friends or patrons, conversation pieces, genre scenes, and allegories
Patterns, symbols, gestures, and positions associated with the representation of friendship
Objects representing friendship
Letters of artists
and the fringes of friendship: hidden or forbidden love experienced through a friendship displayed in the eyes of all.

Abstracts
Abstracts should be sent (up to 500 words, either in French or English, presenting a study-case or a general discussion) by the 31st of March 2022 to the following e-mail addresses: asso.grhamgmail.com and charlotte_roussethotmail.com, along with a C.V.

This workshop is organized by GRHAM and Charlotte Rousset (doctoral candidate at Lille University, laboratory IRHiS).

Quellennachweis:
CFP: Art et amitié aux XVIIe et XVIIIe siècles en Europe (Paris, 14 Jun 22). In: ArtHist.net, 17.12.2021. Letzter Zugriff 05.07.2022. <https://arthist.net/archive/35566>.

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