CFP: ESPACE art actuel, no. 121: "Point de vue animal"

Montréal, Canada
Eingabeschluss: 15.06.2018
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[English version below]

ESPACE art actuel, no. 121 (hiver 2019): "Point de vue animal"

Les études animales ont fait, ces dernières années, une percée spectaculaire dans les champs esthétiques et artistiques, répondant à un intérêt déjà ancien pour l’animalité mais qui se révèle en pleine transformation. S’il est presque devenu courant de voir des artistes mimer, s’approprier des caractéristiques animales, si dans la sphère littéraire, inventer un langage animal a fait l’objet de tentatives (Tristan Garcia, Marie Darrieusecq), si la taxidermie reprend du poil de la bête à l’aune de l’Anthropocène, des mutations génétiques et des extinctions de masse qui lui sont corollaires, qu’est-ce que serait un art du point de vue animal ?

Eric Baratay et Pierre Serna, deux historiens français, se sont livrés ces dernières années à écrire l’histoire des hommes en adoptant le point de vue des bêtes, en étudiant leur condition sous différents régimes, bousculant complètement le rapport à la neutralité scientifique des sources. Il y a déjà plus de dix ans, la philosophe américaine Donna Haraway rédigeait un Manifeste des espèces compagnies (2010) qui fusionnait les régimes de pensée et les animalités respectives des humains et des chiens. L’éthique n’est d’ailleurs jamais très loin, dans une réflexion plus globale de reconnaissance et de revendication de la sentience animale et de personnalités toujours plus complexes, grâce à l’avancée des études en éthologie.

Mais il s’agit moins ici de devenir animal ou de faire de l’animale le ventriloque de l’humanité suivant un schéma somme toute classique (Giovanni Aloi, 2008), que de se pencher de très récentes expériences de relations sur le mode de l’échange, ou d’un complet renversement. En 2017, un collectif londonien, autour de David Harradine, a tenu une représentation musicale uniquement destinée à des animaux d’une ferme de Peckham (moutons, chèvres et cochons), rappelant au passage que Laurie Anderson a aussi performé un concert de basses fréquences pour des chiens (Concert for dogs, 2010) supposément inaudibles pour leurs maîtres. Et que faire de l’art réalisé par des animaux, d’une théorie de l’esthétique féline (Burton Silver & Heather Busch, 1995) ? Comment les considérer à l’aune de révision des schémas de valeurs esthétiques. Si le droit à l’image du macaque « selfiste » Naruto est toujours discuté en cours avec le photographe David Silver, de plus en plus d’artistes travaillent à une collaboration horizontale avec les animaux. Non pas dans une optique de s’arroger ou de transférer des qualités animales physiques ou spirituelles vers l’homme, comme on le trouve chez le duo Art orienté Objet ou Carlee Fernandez, mais bien dans un enrichissement mutuel, dans une optique de divertissement du non-humain, d’inverser les prérogatives et les contrôles. Que supposent ses relations ?

Déprise humaine autant qu’animalisation de l’humanité, nous aimerions lire des contributions qui réfléchissent à ce nouvel état relationnel relevant moins d’une culpabilité ou d’un rachat éthique que du désir de construire de nouveaux points de vue, s’arrimant moins à l’idée de réviser un impérialisme anthropocentrique qu’à une envie d’abolir les frontières, à l’aide des théories de l’indistinction et, notamment, des savoirs situés. Nous souhaiterions prendre connaissance d’expériences artistiques qui renouvellent les questionnements sur le vivant et l’animalité, qui abordent les analyses critiques du spécisme dans une perspective d’interspécificité.

Si la perspective de l’éthique animale offre des visions tout à fait stimulantes, il conviendra de ne pas perdre de vue la composante esthétique qui tend souvent à ne pas être examinée en raison d’une prédominance éthicienne dans le sujet. Le point de vue animal peut ainsi s’envisager sur le plan du récit historien autant que des pratiques, d’une série de renversements, à l’instar de l’écoféministe Val Plumwood devenue chair et proie dans la gueule d’un crocodile australien en 1985, expérience qui viendra bouleverser son point de vue sur l’animal. Comme l’écrivit la philosophe Vinciane Despret dans Penser comme un rat (2009), il convient de « penser avec un rat », selon des perspectives bouleversantes qui renouvellent complètement les standards de l’humanité et de l’animalité. C’est cette « histoire décentrée » que ce dossier intitulé « Point de vue animal » souhaite mettre en valeur.

Si vous souhaitez participer à ce dossier, nous vous invitons, dans un premier temps, à contacter la direction de la revue par courriel (alpareespaceartactuel.com) afin de présenter sommairement votre proposition. Très rapidement, nous vous informerons si votre proposition est retenue. Votre texte, version complète, ne devrait pas dépasser les 2000 mots, notes incluses. En plus du cachet de 65 $ par feuillet (250 mots), nous vous offrons un abonnement d’un an à la revue.

Date de tombée pour le texte, version finale, est le 5 septembre 2018.

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ESPACE art actuel, issue 121 (winter 2019): "Animal Point of View"

In recent years, animal studies have made spectacular advances in the aesthetic and artistic fields. Though this interest in animality is age-old, it is currently undergoing far reaching transformations. If it has become almost commonplace to see artists mimic and appropriate animal characteristics, if there have been literary attempt to invent an animal language (Tristan Garcia, Marie Darrieusecq), if taxidermy is back on its feet with the Anthropocene era and its corollary genetic mutations and mass extinctions, then what is one to make of an art viewed from an animal point of view ?

Over the last few years, the French historians Eric Baratay and Pierre Serna have dedicated themselves to writing the history of humans from an animal point of view. In studying animals’ conditions under various historical regimes they have gone against the grain of scientific source neutrality. Fifteen years ago, the American philosopher Donna Haraway published "The Companion Species Manifesto: Dogs, People, and Significant Otherness" (2003), which fused the systems of thought and respective animalities of humans and dogs. Moreover, ethics is never far away in a broader reflection on the recognition and defense of animals’ sentience and their evermore complex personalities, as revealed by advances in ethology.

The focal point here is not so much about becoming animal or of turning the animal into a ventriloquist of humanity, according to what is in fact a classical concept (Giovanni Aloi, 2008), but rather about very recent practices based on relations of exchange or complete reversal. In 2017 a London group led by Davide Harradine gave a musical performance intended solely for the animals of a Peckham farm (sheep, goats and pigs), in an event that also recalls Laurie Anderson’s low frequency concert for dogs (Concert for dogs, 2010), which was supposedly inaudible for their masters. And what is one to make of art created by animals and of a feline aesthetic theory (Burton Silver & Heather Busch)? How is one to consider these matters in light of a revised conception of aesthetic values? While the “selfie-taking” monkey Naruto’s right to the image is still being debated in court with the photographer David Silver, artists are increasingly working in a horizontal collaboration with animals. Not with the aim of arrogating or transferring physical or spiritual animal qualities towards the human, as is the case with the duo Art orienté Objet or Carlee Fernandez, but rather in a mutual enrichment in which an inversion of prerogatives and controls opens the perspective of a non-human entertainment. What do such relationships presume?

In a perspective that is at once a letting go of the human and an animalization of humanity, we welcome contributions that reflect on this new relational state, which has less to do with guilt or ethical redemption than with the desire to build new viewpoints guided not so much by the idea of a revised anthropocentric imperialism than by the wish to abolish boundaries via theories of indistinction and, in particular, situated knowledge. We would like to learn about artistic practices that renew questions pertaining to the living and animals and which engage in a critical analysis of speciesism in an interspecificity perspective.

While the perspective of animal ethics offers very stimulating outlooks, it is important not lose sight of the aesthetic component which is often neglected due to the predominantly ethicist approach to the subject. The animal point of view can thus be envisioned in terms of an historical narrative, such as the one exemplified by the eco-feminist Val Plumwood who, in 1985, became flesh and prey in an Australian crocodile’s jaws, an experience that radically altered her perception of animals. As the philosopher Vinciane Despret wrote in Penser comme un rat (2009), one should “think with a rat” according to destabilizing perspectives that completely renew our standards of humanity and animality. It is this “decentred history” that this issue’s thematic section titled “Animal Point of View” seeks to foreground.

If you would like to submit a text, we first invite you to email the editor of the magazine André-Louis Paré at alpare[]espaceartactuel[.]com to present a summary of your project. We will inform you promptly if your proposal is accepted. Your completed text should not exceed 2000 words, footnotes included. As well as an honorarium of $65 per page (250 words), we will send you a free one-year subscription to the magazine.

Reception date of the final version of the text is September 5, 2018.

Quellennachweis:
CFP: ESPACE art actuel, no. 121: "Point de vue animal". In: ArtHist.net, 15.05.2018. Letzter Zugriff 19.09.2018. <https://arthist.net/archive/18134>.

Beiträger: André-Louis Paré

Beitrag veröffentlicht am: 15.05.2018

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