Toute exposition s’inscrit dans une durée limitée, entre sa conception, son ouverture au public et son démontage. Pourtant, son existence ne peut être réduite à cette succession d’étapes, d’autant plus qu’elle peut laisser des traces durables, être réinterprétée, reconstituée ou réactivée dans d’autres contextes. Cette tension entre caractère éphémère et persistance invite à interroger les différentes temporalités qui traversent l’exposition et que celle-ci contribue elle-même à produire.
D’autre part, une exposition ne propose pas un cadre temporel uniforme : la coexistence d’objets issus de contextes historiques différents, de performances, d’installations audiovisuelles ou participatives engage des durées qui ne se superposent pas toujours. Aux rythmes de sa conception, de sa production et de sa programmation s’ajoutent ceux des œuvres, des dispositifs de présentation et des expériences de visite. Par leurs parcours, leurs séquences et modalités de présentation, les expositions peuvent alors orienter, accélérer, suspendre ou interrompre l’expérience temporelle des publics, comme l'illustre notamment Anywhere, anywhere out of the world de Philippe Parreno (Palais de Tokyo, 2013).
La question des temporalités hétérogènes s’inscrit également dans des cadres institutionnels, sociaux et politiques. Les biennales et autres manifestations récurrentes articulent ainsi le renouvellement événementiel à une continuité institutionnelle, tout en proposant des représentations concurrentes du contemporain. Sans compter que la mise en relation d’œuvres et de récits issus de contextes historiques et culturels distincts fait de l’exposition un lieu où se construisent, se confrontent ou se contestent différentes conceptions du temps. Les choix de périodisation, de rapprochement ou de juxtaposition qui sont faits ne sont jamais sans conséquences.
Enfin, l’achèvement d’une exposition ne marque pas nécessairement la fin de son existence. Photographies, catalogues, archives, témoignages et récits historiographiques en prolongent la mémoire tout en participant à sa transformation. Les pratiques de reconstitution et de re-enactment, comme les dispositifs numériques, perpétuent et complexifient ces enjeux : expositions en ligne, archives numériques, dispositifs immersifs, réalité virtuelle ou intelligence artificielle peuvent rendre accessibles des configurations passées, mais aussi en produire de nouvelles interprétations et expériences. Par l’accès différé, la simulation, la répétition ou l’actualisation des contenus, ces dispositifs reconfigurent les rapports entre présence et absence, permanence et transformation, temps de l’événement et temps de sa réception. La postérité d’une exposition dépend dès lors autant des traces conservées que des opérations techniques, des sélections et des interprétations qui les rendent à nouveau perceptibles.
Tout ceci amène quelques questions. Qu’est-ce qui détermine le début, la durée et la fin d’une exposition ? Comment les dispositifs curatoriaux articulent-ils les temporalités parfois contradictoires des œuvres, des institutions et des publics ? Dans quelle mesure les rythmes de la visite, les parcours et les modalités d’attention participent-ils à la construction du sens ? Comment les expositions mettent-elles en relation des temporalités historiques, culturelles et politiques hétérogènes, et quelles hiérarchies produisent-elles entre celles-ci ? Comme une exposition est-elle historicisée, à travers ses archives, ses récits et ses reconstitutions ? Enfin, comment les formes contemporaines d’exposition transforment-elles les frontières entre événement, durée, mémoire et réactivation ?
Thématiques possibles (liste indicative)
—Temporalités de la conception, de la production et de la programmation des expositions : rythmes institutionnels, contraintes économiques et matérielles ;
— Permanence et périodicité : biennales, manifestations récurrentes et continuités institutionnelles ;
— Dramaturgies temporelles de l’exposition : parcours, séquences, pauses, répétitions, discontinuités ;
— Durées des œuvres et temps de la visite : attention, participation et expériences individuelles ou collectives ;
— Hétérochronies et hétérotopies de l’exposition : coexistence des temporalités, anachronismes, régimes d’historicité et représentations culturelles et politiques du temps ;
— Archives, récits, reconstitutions, reenactments, réactivations : mémoires et vies ultérieures des expositions ;
— Temporalités des expositions numériques et hybrides : simultanéité, accès différé, actualisation et persistance ;
— Temporalité inhérente au discours comme fondement de l’historicisation des pratiques
Les propositions devront parvenir avant le 1er janvier 2027, sous la forme d’une problématique résumée (5000 signes maximum, espaces compris), adressée par courriel à
jerome.glicensteinuniv-paris8.fr
Les textes sélectionnés (en double aveugle) feront l’objet de communications de 30 minutes lors d’une journée d’étude à Paris, à l’Institut national d’histoire de l’art, le 10 avril 2027. À l’issue de cette rencontre, les versions définitives des textes devront parvenir au comité de rédaction avant le 10 mai (30.000 à 40.000 signes, espaces et notes compris). Certains de ces textes seront retenus pour publication dans le numéro 46 de Marges, dont la sortie est prévue au printemps 2028.
La revue Marges (Presses Universitaires de Vincennes) fait prioritairement appel aux chercheurs et chercheuses des disciplines suivantes : esthétique, arts plastiques, histoire de l’art, sociologie, anthropologie, études théâtrales ou cinématographiques, muséologie, musicologie…
Sites web
http://www.puv-editions.fr/revues/marges-34-1.html
http://journals.openedition.org/marges/
https://www.cairn.info/revue-marges.htm
Quellennachweis:
CFP: Marges, no. 46: Les temps de l’exposition. In: ArtHist.net, 29.10.2026. Letzter Zugriff 30.10.2026. <https://arthist.net/archive/54767>.