CONF 23.10.2026

Dévorer la chair, cannibalisme et manducation (Lille/online, 6 Nov 26)

Lille, Université de Lille, Salle de séminaire HARTIS (A1.152) / Online, 06.11.2026

Fabien Lacouture, Paris

Dévorer la chair, cannibalisme et manducation dans l’art des Temps modernes (XVe-XVIIIe siècles).

Dans son journal de bord de 1492-1493, Christophe Colomb rapporte son échange sur l’île de Guanahani avec la tribu des Tainos à propos des Caribs, un peuple ennemi décrit comme dangereux et mangeur d’hommes: « tous ces gens rencontrés jusqu’à aujourd’hui ont une immense crainte des caniba ou canima […] [qui] n’avaient qu’un seul œil et une face de chien. » Dès sa conceptualisation, le cannibale est une figure de l’altérité tant par ses pratiques que par son apparence physique relevant de l’hybridité. S’il est donc fortement connoté et si l’acte de manger ses semblables est marqué par une grande complexité terminologique, le terme de cannibale reste l’un des mots les plus employés, tant par la communauté scientifique que dans le langage populaire.

Jusqu’à la Renaissance, le cannibalisme est un motif relativement rare dans l’art occidental. À partir des XVe et XVIe siècles, plusieurs récits de voyageurs emblématiques sont accompagnés d’illustrations de cannibalisme et diffusent à grande échelle ce motif à travers l’Occident, l’associant en majorité aux pratiques de populations extra européennes. Les artistes de la Renaissance bénéficient ainsi d’une quantité non négligeable de modèles considérés comme exotiques de récits et scènes d’anthropophagie, d’infanticide et de profanation de dépouilles. Cependant, notre objectif est également d’interroger l’insertion de ce thème dans un contexte européen, sujet moins étudié que son versant étranger. Nous nous appuyons ainsi sur des notions anthropo-historiques, sur le développement des récits historiques comme fictifs de ces actes. Mais le cœur de notre sujet reste l’image dans la première et seconde modernité (XVe-XVIIIe siècles), laquelle reflète une anthropophagie fantasmée mais appuyée sur des récits où réalité et fiction ne cessent de s’entremêler.

On trouvera ainsi parmi les thèmes qui pourront – sans exhaustivité – être abordés durant cette journée d’étude, la manière dont l’altérité, cause ou conséquence de l’acte cannibale, se retrouve dans les motifs du quotidien, comme dans la gravure d’Adam Berg (Scène d’anthropophagie, Reuss et Littau, 1573). Un autre angle d’approche de ce vaste sujet pourrait être la manière dont il cristallise l’opposition entre une culture populaire, proche parfois du féérique ou du folklore, et une culture théologique chrétienne où les actes de manducation sont pourtant légion. Enfin, sur un plan plus matériel, se pose la question de ce qui est ingéré lors de ces moments cannibales. Quelle partie de l’homme est consommée: chair, peau, graisse, cendres mais aussi le sang ou les os. Entrerait ainsi en jeu la manière dont les différents médiums, et notamment la peinture, parviennent à une mimesis de ces corps devenus aliments.

Programme

9h30 Accueil des participants

10h Introduction: Pierre Tchekhoff - Fabien Lacouture

10h30 Valérie Boudier (Université de Lille, Centre d’Étude des Arts Contemporains) : « Aliments, violence et cannibalisme. Lire autrement La Cuisine Grasse et La Cuisine Maigre (1563) de Pieter Bruegel l’Ancien »

11h30 Pause café

11h45 La Cuisine du corps

Pauline Mancina (Muséum national d’Histoire naturelle, PRETROP) : « In omitl, in nacatl. Images culinaires du corps humain démembré en Méso-Amérique (XV-XVIe siècle) »

Anne-Valérie Dulac (Sorbonne Université) : « Titus Andronicus : figures du cannibale, de la pièce à la ballade »

13h Pause déjeuner

14h30 Figures et morceaux : représenter le corps dévoré

Angèle Tence (CNRS/Centre André-Chastel, CPJ ARVIGRAPH) : « Recoller les morceaux : Cérès et l’épaule d’ivoire de Pélops »

Pierre Tchekhoff (Université de Lille) : « Sorcières vampiriques et mangeuses d’enfants : gestuelle de l’antimaternité dans la peinture prémoderne »

15h45 Pause café

16h Théologie de la manducation

Jonas Bur (Université de Strasbourg) : « Nécrophagie cléricale et subversion eucharistique dans un frontispice de la Réforme »

Geronimo Groh (Université Grenoble-Alpes) : « Manducation et renaissance spirituelle dans la littérature allemande baroque »

Alysée Le Druillenec (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UCLouvain) : « Anthropophagie, théophagie et christophorie: les Tupinambas au cœur des controverses confessionnelles (XVIe-XVIIe siècles) »

18h Conclusion

Comité d’organisation
Pierre Tchekhoff, Université de Lille; Fabien Lacouture, Université de Lille.

Retransmission en visio conférence gratuite, accès sur demande auprès des organisateurs : fabien.lacoutureuniv-lille.fr ; pierre.tchekhoffuniv-lille.fr

Quellennachweis:
CONF: Dévorer la chair, cannibalisme et manducation (Lille/online, 6 Nov 26). In: ArtHist.net, 23.10.2026. Letzter Zugriff 24.10.2026. <https://arthist.net/archive/54705>.

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