CFP 13.10.2026

Revue exPosition: Arts extra-occidentaux dans les musées d'art en France

Eingabeschluss : 07.12.2026

Sylvain Demarthe, LYON

Revue exPosition - Appel à contribution.
Une double altérité ? Les collections d’arts extra-occidentaux dans les musées d’art moderne et contemporain en France.

Ce prochain numéro de la revue exPosition est dirigé par Anne Foucault et Noémie Fillon, attachées de conservation au Musée national d’art moderne – Centre Pompidou.

Les réflexions concernant la présence des objets extra-occidentaux dans les collections patrimoniales françaises sont aujourd’hui nombreuses, qu’il s’agisse de la recherche de leur provenance, des enjeux spécifiques de conservation et de médiation qu’ils soulèvent, ou encore de leur restitution quand ils sont issus de pillages ou de spoliations dans un contexte colonial.

Par ailleurs, alors que l’institution fête en 2026 son vingtième anniversaire, on mesure aujourd’hui l’importance de la création du Musée du quai Branly – Jacques Chirac dans l’évolution du regard porté sur ces collections au sein de la culture patrimoniale française, attestant de la prééminence de leur perception comme œuvre d’art et non plus comme seul objet ethnographique.

Pourtant, et bien qu’elle confirme cette appréhension plus artistique qu’anthropologique, un autre pan de l’histoire de ces objets dans les collections muséales françaises demeure moins exploré : celle de leur présence, hors du « musée des civilisations » ou du « musée universel » dans les musées d’art moderne et contemporain.

Ces objets, aux diverses fonctions, notamment rituelles (masques, statuettes à vocation funéraire ou cérémonielle) ou usuelles (armes, pilons, monnaies) sont à distinguer des œuvres réalisées par des artistes non-occidentaux présents dans les collections de ces mêmes musées. La plupart du temps anonymes, ils ne s’intègrent pas de la même manière dans le récit global de la modernité (quand bien même ils peuvent en être contemporains), leur présence dans ces collections étant en bonne part tributaire du tropisme primitiviste qui a irrigué la modernité artistique occidentale. Ainsi, bien souvent, si ces objets sont conservés dans ces musées, ce n’est pas tant pour leurs qualités intrinsèques ou leur fonction originelle que pour la renommée de leurs anciens propriétaires, artistes (André Derain), poètes (Guillaume Apollinaire, André Breton), collectionneurs (Felix Fénéon, Daniel Cordier) ou marchands acteurs du primitivisme (Paul Guillaume). Ces personnalités ont constitué des collections selon des critères qui leur étaient propres, révélateurs de leurs goûts, de leurs intérêts et du marché. Leur intégration dans les collections des musées d’art moderne soulève dès lors des enjeux de monstration et de contextualisation qui interrogent les modalités de leur inscription dans le récit muséal.

Si la « catégorie géo-historique » (Fernando Coronil) d’art extra-occidental définit ces objets venus d’Afrique, d’Océanie, d’Amérique et d’Asie par la négative, elle a le mérite de pointer d’emblée l’altérité profonde qui est la leur au sein des musées d’art moderne français. Incarnation exemplaire de ce « goût des autres » qui trouve son origine dans un « rapport colonial » (Benoît De l’Estoile), ils sont également porteurs d’une altérité de statut dans des musées qui n’ont pas pour vocation originelle de les conserver.

À l’heure où les collections publiques d’art moderne et contemporain s’ouvrent largement à des géographies longtemps ignorées ou peu prises en compte, ce numéro de la revue exPosition a pour vocation de contribuer à connaître l’ampleur, la provenance et le statut des objets extra-occidentaux en leur sein. Il accueillera des contributions permettant de mieux comprendre les modalités et les raisons de l’acquisition de ces objets (achats, dons, donations, dations), qu’ils appartiennent à des musées nationaux ou des musées de collectivités territoriales. Ce sera également l’occasion de se pencher sur la visibilité de ces collections dans leurs accrochages permanents – on pense par exemple à la muséographie renouvelée du Musée d’art moderne de Troyes qui fait la part belle à ses collections d’arts d’Afrique et d’Océanie – ou dans leurs expositions temporaires, en portant attention à la médiation déployée autour d’eux et aux dialogues créés avec les collections d’art moderne ou contemporain. En ce qui concerne plus particulièrement les musées territoriaux, le rôle et l’incidence de leurs tutelles (municipalité, département, région) dans les politiques concernant ces collections pourra être analysé.

À travers des études de cas ou des approches plus transversales à l’échelle nationale ou territoriale, ce numéro proposera une approche plurielle de la double altérité de ces artefacts et de leur mobilisation – ou de leur absence – dans la constitution et la reconfiguration des récits historiques par les musées d’art moderne et contemporain.

Les propositions pourront être soumises à Anne Foucault et Noémie Fillon, directrices de ce numéro, jusqu’au lundi 7 décembre aux adresses suivantes : Anne.FOUCAULTcentrepompidou.fr et Noemie.FILLONcentrepompidou.fr.
Ces textes prendront la forme d’un résumé de 3 000 signes maximum, contenant un titre – même provisoire – et une problématique précise.
En cas d’avis positif (début janvier 2027), l’auteur·rice s’engagera à remettre son article entièrement rédigé (40 000 signes maximum, espaces et notes incluses) fin avril 2027, en s’assurant impérativement du respect des normes de la revue.
Une fois reçu, le texte sera anonymisé et soumis à une évaluation en double aveugle assurée par les membres du comité de rédaction ou scientifique de la revue, ainsi que par les expert·es extérieure·es formant le comité de lecture propre à chaque numéro. À l’issue de ce processus de relecture, l’auteur·ice recevra les avis argumentés de ses deux relecteur·ices, ainsi que celui des directrices du numéro. Son texte pourra être accepté, soumis à des corrections mineures ou majeures, ou refusé.

- Retour des évaluations par les relecteur·rices : fin juin 2027

- Retour des modifications par les auteur·rices : septembre 2027

- Dernières relectures et mise en ligne du numéro : automne 2027

Orientations bibliographiques :

Le monde en musée. Cartographie des collections d’objets d’Afrique et d’Océanie en France, INHA / Musée d’Angoulême, https://monde-en-musee.inha.fr/

Bosc-Tiessé C., « « Le monde en musée ». Méthodes et enjeux d’un inventaire des collections d’Afrique et d’Océanie dans les musées français », in Cousin S., Doquet A., Galitzine-Loumpet A. et Houénoudé D., Afrique, musées, restitutions. Le temps du retour, Paris, La Documentation française, 2026.

Dagen P., Primitivisme, Une invention moderne, vol. 1, Paris, éd. Gallimard, 2019.

Dagen P., Primitivisme, Une guerre moderne, vol. 2, Paris, éd. Gallimard, 2021.

Goldwater R., Le primitivisme dans l’art moderne, traduit de l’anglais par Denise Paulme, Paris, Presses universitaires de France, 1988.

Köning V., L’Estoile B. de, López Caballero P., Négri V., Perrin A., Rinçon L. et Bosc-Tiessé C., « Les collections muséales d’art « non-occidental » : constitution et restitution aujourd’hui », Perspective, n° 1, 2018, 37-70.

L’Estoile B. de, Le goût des autres : de l’Exposition coloniale aux arts premiers, Paris, Flammarion, 2007.

Mélandri M. et Guiot H., « Introduction. Pour un inventaire des collections océaniennes en France : regard rétrospectif en 2021 », Journal de la Société des Océanistes, n° 152, 2021, p. 5-20.

Price S., « Arts primitifs et regards civilisés », Gradhiva : revue d’histoire et d’archives de l’anthropologie, n°4, 1988, p. 18-27.

Sarr F., Savoy B., Restituer le patrimoine africain, Paris, Seuil, 2019.

Quellennachweis:
CFP: Revue exPosition: Arts extra-occidentaux dans les musées d'art en France. In: ArtHist.net, 13.10.2026. Letzter Zugriff 14.10.2026. <https://arthist.net/archive/54607>.

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