La fabrique du quotidien. Les manufactures d’art aux XVIIe-XVIIIe siècles.
[English version below.]
À l’occasion de la réunion de la Cité de la Céramique – Sèvres & Limoges et le Mobilier national sous l’appellation Manufactures nationales – Mobilier national & Sèvres le 1er janvier 2025, le Groupe de Recherche en Histoire de l’Art Moderne (GRHAM) a décidé d’orienter son colloque annuel sur les manufactures d’art des XVIIe et XVIIIe siècles. Cette recomposition institutionnelle invite à relire l’histoire des manufactures, non comme un âge d’or figé, mais comme une histoire mouvante, marquée par des ruptures internes et des redéfinitions constantes des liens entre État, artistes et ouvriers.
Si une partie de l’historiographie s’est intéressée au rôle de Jean-Baptiste Colbert dans le développement des manufactures à partir des années 1660 (Minard, 1998), la notion de manufacture, plurielle et évolutive, doit être entendue dans son acception large. Elle ne se résume pas à Colbert ni même aux initiatives royales, comme la création de la manufacture de tapisseries de la Savonnerie en 1628 par Louis XIII. Dès le début du XVIIe siècle, la notion de manufacture renvoie à la fois à un lieu rassemblant des ouvriers spécialisés, à une structure économique et à un espace de production (Bély, 1996). Certaines, comme les Gobelins, Saint-Gobain ou Sèvres, sont établies ou contrôlées par l’État ; d’autres bénéficient simplement de privilèges. Si les années 1790 correspondent à une rupture majeure dans l’organisation du travail corporatif (loi Le Chapelier et décret d’Allarde, 1791) aussi bien que dans le rapport aux académies (1793), l’activité manufacturière se poursuit et s’adapte au nouveau pouvoir en place. À l’échelle européenne, les termes Manufaktur, fabbrica ou fábrica témoignent d’une diversité de modèles, de pratiques et d’organisations qui invite à une approche comparée, oscillant entre artisanat, proto-industrie et enjeux politiques. L’un des enjeux majeurs de ce colloque réside donc dans l’étude comparée, mais non hiérarchisée, des différentes manufactures en France et en Europe. Il s’agira d’examiner conjointement les œuvres, les motifs et les dispositifs de travail, à partir des conditions matérielles et techniques de fabrication ainsi que des modes de collaboration entre artistes et artisans dans l’espace européen.
Comprendre la manufacture au XVIIe et au XVIIIe siècle, c’est étudier les liens – parfois harmonieux, parfois conflictuels – entre arts mécaniques et arts libéraux, entre art et artisanat, entre la figure de l’artiste et celle de l’ouvrier. Du Dictionnaire de Furetière (1690) à l’Encyclopédie méthodique (1784), la manufacture apparaît indissociable du travail de la main et de la fabrication d’objets à la fonction utilitaire, dont certains relèvent d’un véritable travail d’artiste. Il sera particulièrement intéressant, dans le cadre de ce colloque, d’interroger ces glissements entre objet d’art et objet d’usage. Par ailleurs, au sein même de ces établissements, s’opère une distinction entre les différents acteurs de la production. Celle-ci se renforce à partir du Grand Siècle, notamment avec l’essor des académies (Michel, 2012 ; Guilois, 2018 ; Guichard, 2002-2003), qui institutionnalisent la séparation entre l’artisan, détenteur d’un savoir-faire mécanique, et l’artiste, valorisé pour sa créativité intellectuelle et son appartenance aux arts libéraux. Cette hiérarchisation des statuts éclaire d’un jour nouveau l’organisation du travail manufacturier et les enjeux sociaux, artistiques et économiques qui le sous-tendent.
Les recherches et expositions récentes ont montré combien les manufactures constituent des lieux de création à plusieurs mains. Qu’il s’agisse de tapisserie – Mortlake, Gobelins, Beauvais – ou de céramique – Sèvres, Meissen, Chantilly ou Doccia –, les études monographiques ont montré combien les artistes ont nourri, orienté ou transformé les pratiques manufacturières. Les travaux consacrés à Le Brun, Coypel, De Troy, ou encore Oudry, tout comme les expositions Poussin et Moïse (Mobilier national 2011), La fabrique de l’extravagance (Chantilly, 2021), ou L’Amour en scène ! (Tours, 2022), ont mis en lumière la manière dont les artistes participent à l’invention des modèles, à l’adaptation aux contraintes techniques ou à la construction d’esthétiques spécifiques à chaque établissement. En dépassant le cadre monographique pour interroger les modalités de la collaboration entre les artistes et les manufactures – continuités, ajustements, discordance, réappropriations, copies – ce colloque permettra ainsi d’éclairer la manière dont se forge une œuvre à plusieurs mains et de mieux comprendre le rôle des manufactures dans la circulation des styles, des modèles et des savoir-faire à l’époque moderne.
Dans cette perspective, l’étude des manufactures ne peut désormais se passer d’une approche élargie aux savoir-faire, aux matériaux et aux innovations techniques. Les manufactures sont des lieux d’expérimentation, où s’élaborent de nouvelles pâtes, de nouveaux émaux, des perfectionnements de tissages ou de teintures, au croisement des savoir-faire empiriques et des savoirs savants, comme l’ont montré les travaux sur la porcelaine européenne ou les études physico-chimiques récentes entreprises autour de Meissen par exemple. Le material turn (Roche, 1997 ; Guichard, 2015 ; Nègre, 2016), a rapproché l’histoire de l’art de l’histoire des techniques et de l’économie, révélant l’importance des transferts : migrations d’ouvriers spécialisés, échanges entre provinces et capitale, circulations européennes — de Venise à Paris, de Rouen à Saint-Cloud — et même mondiales, comme l’ont montré les travaux sur les indiennes et les toiles imprimées. Dans le sillage des réflexions de Liliane Hilaire-Pérez, Fabien Simon ou Marie Thébaud-Sorger (2018), les techniques ne sont plus envisagées comme de simples « sciences appliquées », mais comme des savoirs à part entière. La notion de « technique ouverte » (Foray & Hilaire-Perez, 2006), forgée pour souligner l’importance des dispositifs d’échange et de publicité des savoirs, invite à considérer les manufactures comme des nœuds de réseaux où s’articulent pratiques d’atelier, politiques d’État et dynamiques de marché. Ce colloque étudiera la nature de ces transmissions : imitation, adaptation, innovation ou appropriation.
La question du motif constitue un autre champ d’exploration fondamental pour comprendre les dynamiques internes des manufactures aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Étudier le “parcours” des motifs — depuis leur invention jusqu’à leur adaptation technique — permet d’aborder le rapport étroit entre processus créatif et processus productif, et de mesurer la popularité des formes d’une manufacture à l’autre ou d’un matériau à un autre. Les toiles de Jouy ont révélé le rôle crucial des dessinateurs comme Lagrenée ou Huet ; les recherches récentes sur le design textile (Gril-Mariotte, 2023) rappellent l’ancienne tradition de collaboration entre artistes académiques et ateliers manufacturiers. L’étude de la diffusion des modèles — qu’il s’agisse de l’importation d’un “goût français” à Meissen, des adaptations mutuelles entre Sèvres et Wedgwood ou encore du rôle d’intermédiaires comme Nicodème Tessin le Jeune dans la diffusion des formes gobelines à l’étranger – invite à interroger l’existence éventuelle de motifs propres à certains types de production, ainsi que les modalités de leur déplacement, reprise ou transformation. Ce colloque propose ainsi d’examiner comment les motifs voyagent, se recomposent et se réinventent au gré des matériaux, des ateliers et des circulations humaines, et d’évaluer si les artistes travaillant pour plusieurs manufactures adaptent leurs méthodes ou transportent un même vocabulaire formel d’un support à l’autre.
L’approche sociologique des manufactures royales, qui a concentré la majorité des études sur le sujet, révèle un milieu professionnel structuré, mais très contrasté selon les institutions. Loin du système corporatif traditionnel (Bonnet 2015 & 2017), les manufactures royales forment des espaces de production centralisés, hiérarchisés, où se côtoient ouvriers, artistes et personnels administratifs sous l’autorité d’un directeur nommé par la Couronne. Les recherches d’Isabelle Gensollen éclairent particulièrement cette organisation : rôle déterminant du directeur général, contrôle étroit des finances et des stratégies artistiques, place politique des manufactures comme instruments de prestige monarchique. Parallèlement, d’autres études — de Maës à Coural — esquissent les réalités sociales internes, depuis la vie dans l’enclos des Gobelins jusqu’aux mobilités d’ouvriers ou de familles entières, comme les Masfayon à Aubusson, révélant des logiques de réseaux, de lignées et de spécialisation technique. L’ensemble de ces travaux dessine une sociologie complexe et plurielle, où la manufacture apparaît non seulement comme un lieu de production, mais aussi comme un cadre de vie, un espace hiérarchisé et un outil politique au service de l’État monarchique. Dans une logique comparatiste, ce colloque aura aussi pour objectif de faire le point sur les différentes modalités manufacturières en France et en Europe, entre le début du XVIIe siècle et la période révolutionnaire.
Les propositions de communication devront donc s’articuler autour des trois axes suivants :
Axe 1 : Vivre la manufacture : organisations, métiers et économies
Ce premier axe propose d’explorer la vie au sein des manufactures, en mettant l’accent sur les dimensions sociales, économiques et organisationnelles. Il s’agit d’analyser la diversité des métiers et la division des tâches, la formation des ouvriers et des apprentis, ainsi que les interactions entre artistes et artisans, souvent hiérarchisées, mais toujours interdépendantes. L’étude des administrations et des modèles économiques, qu’il s’agisse de manufactures royales, privilégiées ou privées, permet de comprendre le rôle de l’État et des directeurs dans la structuration de la production, la circulation des modèles et la mise en marché des objets.
Axe 2 : Fabriquer, copier, traduire : les processus créatifs en manufacture
Ce second axe s’intéresse aux pratiques de production et aux savoir-faire développés au sein des manufactures. Il propose d’étudier les gestes techniques, les matériaux employés et les innovations mises en œuvre pour répondre aux exigences artistiques et aux contraintes matérielles. Les motifs, leur reproduction, adaptation ou traduction d’un support à un autre, ainsi que la production multiple ou la copie, permettent de saisir les interactions entre création et fabrication. L’intermédialité — le passage d’un dessin à la tapisserie, d’une estampe à un tissu, d’un modèle à la porcelaine — ouvre un riche champ d’investigation sur la circulation interne des formes et sur l’invention partagée. Les contributions pourront également questionner comment l’expérimentation technique et la manipulation des matériaux participent à la construction des esthétiques manufacturières. Enfin, la question des droits sur les motifs et inventions ouvre un champ de réflexion sur la propriété intellectuelle et la reconnaissance des créateurs dans ces espaces de travail collectif.
Axe 3 : Fabriques en réseau : mobilités, partenariats et inspirations
Ce dernier axe explore les interactions entre manufactures et la façon dont les acteurs — artistes, artisans et intermédiaires tels que les marchands — façonnent la production et la diffusion des formes et des savoir-faire. Il s’agit d’analyser les mobilités horizontales et verticales des artistes et artisans, au sein d’une même manufacture ou entre différents ateliers, ainsi que le rôle des marchands dans la création, l’adaptation et la transmission des modèles. Les contributions pourront interroger comment ces interactions structurent les pratiques manufacturières, influencent les choix stylistiques et techniques, et participent à l’émergence de réseaux artistiques et productifs à l’échelle nationale et européenne. Les modalités de la commercialisation conjointe par les manufactures et les marchands seront analysées.
Les propositions pourront s’inscrire dans l’un ou plusieurs d’entre eux, les axes restent indicatifs.
Le colloque se concentrera sur les manufactures d’art, d’armes et de certains textiles (indiennes, toile de Jouy), en France et en Europe, en privilégiant l’approche des productions, des pratiques et des relations entre artistes et artisans, de la traduction d’un médium à un autre.
Sont ainsi exclues les industries non artistiques, telles que les manufactures de tabac ou autres productions utilitaires comme les manufactures de draps par exemple. De même, la simple étude des échanges entre Paris et la province ou entre la France et l’étranger, largement traitée par l’historiographie traditionnelle, ne constitue pas le cœur de cette rencontre.
L’accent sera mis sur les dynamiques internes des manufactures, sur la circulation horizontale et verticale des artistes et artisans, sur les transferts techniques et iconographiques entre matériaux et supports, ainsi que sur le rôle des marchands dans la création et la diffusion des formes. L’objectif est de dépasser les approches institutionnelles classiques pour proposer une lecture « par le bas » des pratiques manufacturières, tout en permettant des comparaisons entre différentes traditions nationales et européennes et entre manufactures royales ou privées.
Propositions de communication
Les propositions de communication, individuelles ou collaboratives, en français ou en anglais, d’environ 300 mots, pourront prendre la forme de propos généraux ou d’études de cas. Les candidats sont priés de joindre un curriculum vitae.
Date limite d’envoi des propositions : 29 mars 2026.
Envoi des propositions et contacts : asso.grhamgmail.com
Dates du colloque : 11 et 12 juin 2026
Type: colloque international du GRHAM
Comité organisateur
Élisa Bérard (doctorante, Sorbonne Université), Maxime Bray (doctorant, Sorbonne Université), Justine Cardoletti (doctorante, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Romane de Chastellux (doctorante, Sorbonne Université), Défendin Détard (doctorant, Sorbonne Université), Maxime-Georges Métraux (expert, Galerie H. Duchemin), Maël Tauziède-Espariat (maître de conférences, Université Paris-Nanterre), membres du bureau du Groupe de Recherche en Histoire de l’art moderne (GRHAM).
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[English version.]
Crafting Everyday Life. Art Manufactories in the Seventeenth and Eighteenth Centuries.
Following the merger of the Cité de la Céramique – Sèvres & Limoges and the Mobilier national under the title Manufactures nationales – Mobilier national & Sèvres on January 1, 2025, the Groupe de Recherche en Histoire de l’Art Moderne (GRHAM) has chosen to dedicate its annual symposium to the art manufactories of the 17th and 18th centuries. This institutional reorganization serves as an invitation to re-examine the history of manufactories—not as a static "golden age," but as a fluid history marked by internal ruptures and the constant redefining of the links between the State, artists, and workers.
While a segment of historiography has focused on the role of Jean Baptiste Colbert in the development of manufactories from the 1660s (Minard, 1998), the concept of the "manufactory"—plural and evolving — must be understood in its broadest sense. It cannot be reduced to Colbert alone, nor even to royal initiatives such as Louis XIII's creation of the Savonnerie tapestry manufactory in 1628. From the early 17th century, the term "manufactory" referred simultaneously to a site gathering specialized workers, an economic structure, and a production space (Bély, 1996). Some, like the Gobelins, Saint-Gobain, or Sèvres, were established or controlled by the State ; others simply benefited from privileges. Although the 1790s marked a major break in the organization of corporate labor (the Le Chapelier Law and the Allarde Decree, 1791) as well as in the relationship with the academies (1793), manufacturing activity continued and adapted to the new powers in place. On a European scale, terms such as Manufaktur, fabbrica, or fábrica reflect a diversity of models, practices, and organizations that invite a comparative approach, oscillating between craftsmanship, proto-industry, and political stakes. One of the major objectives of this symposium lies in the comparative, non-hierarchical study of different manufactories across France and Europe. It will jointly examine works, motifs, and labor systems, starting from the material and technical conditions of fabrication as well as the modes of collaboration between artists and artisans within the European sphere.
Understanding the 17th- and 18th-century manufactory means studying the links—sometimes harmonious, sometimes conflicting—between mechanical arts and liberal arts, between art and craft, and between the figure of the artist and that of the worker. From Furetière’s Dictionnaire (1690) to the Encyclopédie méthodique (1784), the manufactory appears inseparable from manual labor and the fabrication of utilitarian objects, some of which constitute true works of art. This symposium will specifically explore the shifts between the "art object" and the "object of use." Furthermore, a distinction between different production actors emerged within these establishments. This deepened starting in the Grand Siècle, notably with the rise of academies (Michel, 2012; Guilois, 2018; Guichard, 2002-2003), which institutionalized the separation between the artisan (the possessor of mechanical savoir-faire) and the artist (valued for intellectual creativity and membership in the liberal arts). This hierarchy of status sheds new light on the organization of manufacturing labor and the underlying social, artistic, and economic stakes.
Recent research and exhibitions has shown the extent to which manufactories were sites of collaborative creation. Whether in tapestry—Mortlake, Gobelins, Beauvais—or ceramics—Sèvres, Meissen, Chantilly, or Doccia—monographic studies have demonstrated how artists nurtured, guided, or transformed manufacturing practices. Works dedicated to Le Brun, Coypel, De Troy, or Oudry, along with exhibitions such as Poussin et Moïse (Mobilier national 2011), La fabrique de l’extravagance (Chantilly, 2021), or L’Amour en scène! (Tours, 2022), have highlighted how artists participated in inventing models, adapting to technical constraints, and constructing aesthetics specific to each establishment. By moving beyond the monographic framework to question the modalities of collaboration—continuities, adjustments, discordances, reappropriations, copies—this symposium will illuminate how a "multi-handed" work is forged and better define the role of manufactories in the circulation of styles, models, and expertise in the early modern period.
In this perspective, the study of manufactories can no longer ignore an approach expanded to include savoir-faire, materials, and technical innovations. Manufactories were sites of experimentation where new pastes, enamels, and improvements in weaving or dyeing were developed at the intersection of empirical skill and scholarly knowledge. The "material turn" (Roche, 1997 ; Guichard, 2015 ; Nègre, 2016) has brought art history closer to the history of technology and economics, revealing the importance of transfers: the migration of specialized workers, exchanges between the provinces and the capital, and European — or even global — circulations, as shown by research on indiennes and printed cottons. Following the of Liliane Hilaire-Pérez, Fabien Simon, or Marie Thébaud-Sorger (2018), techniques are no longer viewed as simple "applied sciences," but as knowledge in their own right. The concept of "open technique" (Foray & Hilaire-Pérez, 2006) invites us to consider manufactories as network hubs where workshop practices, State policies, and market dynamics intersect. This symposium will study the nature of these transmissions: imitation, adaptation, innovation, or appropriation.
The question of the motif constitutes another fundamental field of exploration. Studying the "journey" of motifs—from their invention to their technical adaptation—allows us to address the close relationship between the creative and productive processes and to measure the popularity of forms across different materials and establishments. Toiles de Jouy have revealed the crucial role of designers like Lagrenée or Huet; recent research on textile design (Gril-Mariotte, 2023) recalls the long tradition of collaboration between academic artists and manufacturing workshops. The study of the diffusion of models—from the importation of a "French taste" at Meissen to the mutual adaptations between Sèvres and Wedgwood, or the role of intermediaries like Nicodemus Tessin the Younger—invites us to question the existence of motifs specific to certain types of production, as well as the methods of their displacement or transformation. This symposium proposes to examine how motifs travel and reinvent themselves across materials and workshops, and to evaluate whether artists working for multiple manufactories adapted their methods or transported the same formal vocabulary from one medium to another.
Finally, the sociological approach to royal manufactories reveals a structured professional environment that varied greatly by institution. Far from the traditional guild system (Bonnet 2015 & 2017), royal manufactories formed centralized, hierarchical production spaces where workers, artists, and administrative staff worked under a director appointed by the Crown. Research by Isabelle Gensollen highlights this organization : the decisive role of the director-general, the strict control of finances, and the political role of manufactories as instruments of monarchical prestige. Simultaneously, other studies—from Maës to Coural—sketch the internal social realities, from life within the Gobelins enclosure to the mobility of entire families, revealing logics of networks, lineages, and technical specialization. Together, these works describe a complex sociology where the manufactory appears not only as a site of production but also as a living environment and a political tool. Using a comparative logic, this symposium aims to take stock of the various manufacturing modalities in France and Europe from the early 17th century to the Revolutionary period.
Proposals for papers should focus on the following three axes:
Axis 1: Living the Manufactory : Organizations, Crafts, and Economies
This first axis proposes to explore life within the manufactories, with an emphasis on social, economic, and organizational dimensions. The objective is to analyze the diversity of crafts and the division of labor, the training of workers and apprentices, as well as the interactions between artists and artisans—which were often hierarchical yet always interdependent. By studying administrations and economic models—whether royal, privileged, or private manufactories—we can better understand the roles of the State and directors in structuring production, circulating models, and bringing objects to market.
Axis 2: Making, Copying, Translating : Creative Processes in the Manufactory
This second axis focuses on the production practices and expertise developed within the manufactories. It proposes to study technical gestures, the materials employed, and the innovations implemented to meet both artistic demands and material constraints. Themes such as motifs—their reproduction, adaptation, or translation from one medium to another—as well as multiple production and copying, allow for a deeper grasp of the interactions between creation and fabrication. Intermediality—the transition from a drawing to a tapestry, a print to a textile, or a model to porcelain—opens a rich field of investigation into the internal circulation of forms and shared invention. Contributions may also question how technical experimentation and the manipulation of materials contribute to the construction of specific manufacturing aesthetics. Finally, the question of rights over motifs and inventions opens a reflection on intellectual property and the recognition of creators within these collective workspaces.
Axis 3: Manufactories in Networks : Mobility, Partnerships, and Inspirations
This final axis explores the interactions between manufactories and the ways in which actors—artists, artisans, and intermediaries such as merchants—shape the production and dissemination of forms and
savoir-faire. The aim is to analyze the horizontal and vertical mobility of artists and artisans, whether within a single manufactory or between different workshops, as well as the role of merchants in creating, adapting, and transmitting models. Contributions may examine how these interactions structure manufacturing practices, influence stylistic and technical choices, and participate in the emergence of artistic and productive networks on both a national and European scale. The modalities of joint commercialization by manufactories and merchants will also be analyzed.
Proposals may address one or more of these themes, as the axes are intended to be indicative rather than restrictive.
The symposium will focus on art and armament manufactories, as well as specific textiles (indiennes, toile de Jouy), in France and across Europe. Priority will be given to approaches focusing on production, practices, and the relationships between artists and artisans, as well as the translation from one medium to another.
Consequently, non-artistic industries—such as tobacco manufactories or other strictly utilitarian productions like broadcloth (draps)—are excluded. Likewise, the mere study of exchanges between Paris and the provinces, or between France and abroad, which has been extensively covered by traditional historiography, is not the primary focus of this meeting.
The emphasis will be placed on the internal dynamics of the manufactories: the horizontal and vertical mobility of artists and artisans, the technical and iconographical transfers between materials and media, and the role of merchants in the creation and dissemination of forms. The objective is to move beyond classical
institutional approaches to offer a "bottom-up" reading of manufacturing practices, while facilitating comparisons between different national and European traditions, and between royal and private manufactories.
SUBMISSION GUIDELINES
Proposals for papers—whether individual or collaborative—may be submitted in either French or English. They should be approximately 300 words in length and may take the form of general overviews or specific case studies. Applicants are also requested to attach a curriculum vitae.
● Submission deadline : March 29, 2026
● Submission and contact email : asso.grhamgmail.com
ORGANIZING COMMITTEE
Symposium dates : June 11 and 12, 2026
Annual Symposium of the Groupe de Recherche en Histoire de l’Art Moderne
About the Organizing Association
The GRHAM (Groupe de Recherche en Histoire de l’Art Moderne) is an association of earlycareer researchers specializing in 17th- and 18th-century art history. Its mission is to bring together the various actors within the discipline, whether or not they are members of the academic community. The GRHAM contributes to the field's influence by covering the latest research developments (scientific meetings, publications, exhibitions, etc.) and by hosting monthly lectures, an annual symposium, and occasional visits.
Organizing Comittee
Élisa Bérard (PhD candidate, Sorbonne Université), Maxime Bray (PhD candidate, Sorbonne Université), Justine Cardoletti (PhD candidate, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Romane de Chastellux (PhD candidate, Sorbonne Université), Défendin Détard (PhD candidate, Sorbonne Université), Maxime-Georges Métraux (expert, Galerie H. Duchemin), Maël Tauziède-Espariat (Associate Professor, Université Paris-Nanterre), all members of the Board of the Groupe de Recherche en Histoire de l’Art Moderne (GRHAM).
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Bibliographie sélective
ALBIS Antoine d’., « La manufacture de Vincennes-Sèvres à la recherche de la porcelaine dure, 1747-1768 », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n° 4, 1995, p. 48-63.
ALBIS Antoine d’., « Porcelaine de Sèvres : authentique ? Surdécoration ? Contrefaçon ou encore tout simplement “perruque” ? », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n°15, 2006, p. 50-58.
BALLERI Rita, Modelli della Manifattura Ginori di Doccia: Settecento e gusto antiquario, Rome, « L’Erma » di Bretschneider, 2014.
BASTIEN Vincent, « L’évolution insolite du “vase Cornet” à Sèvres au XVIIIe siècle », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n° 28, 2019, p. 52-60.
BENTZ Bruno, « Les faïences de Saint-Cloud : quelques aspects de la production royale », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n° 4, 1995, p. 36-42.
BENTZ Bruno, « La faïence au service du Roi », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n° 6, 1997, p. 43-51.
BERTRAND Pascal-François, La peinture tissée : théorie de l’art et tapisseries des Gobelins sous Louis XIV, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015.
BIANCALANA Alessandro, « La sculpture à Doccia au XVIIIe siècle », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n° 25, 2016, p. 62-71.
BIERI THOMSON Helen, LANZ Hanspeter, « La manufacture de porcelaine de Zürich, 1763-1790 », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n° 16, 2007, p. 78-87.
BILLON Anne, La sculpture à la manufacture de Sèvres à la fin du XVIIIe siècle (1770-1800), thèse de doctorat en histoire de l’art, Université Paris IV-Sorbonne, 1999.
BREJON DE LAVERGNEE Arnaud (dir.), Fastes du pouvoir : objets d’exception, XVIIIe-XIXe siècles. Collections du Mobilier national, Paris, Manufactures nationales Gobelins-Beauvais-Savonnerie, 2007.
BREMER-DAVID Charissa, French Tapestries & Textiles in the J. Paul Getty Museum, Los Angeles, J. Paul Getty Museum, 1997.
BURRESSI Mariagiulia, La Manifattura toscana dei Ginori, Doccia 1737-1791, Ospedaletto, Pacini, 1998.
CARNOT François, Musée des Gobelins : les belles tentures de la Manufacture royale des Gobelins, 1662-1792, Paris, Imprimerie Frazier-Soye, 1937.
CARACAUSI Andrea, DAVIS Matthew, MOCARELLI Luca (dir.), Between Regulation and Freedom. Work and Manufactures in European Cities, 14th-18th Centuries, Cambridge, Cambridge Scholars Publishing, 2018.
CAROLA-PERROTTI Angela, Le porcellane dei Borbone di Napoli : Capodimonte e Real Fabbrica Ferdinandea, 1743-1806, Naples, Guida, 1986.
CAYEUX Jean de, « Jean-Baptiste Tandart : peintre et inventeur de décors à Sèvres », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n° 9, 2000, p. 26-37.
COURAL Jean, Les Gobelins, Beauvais, la Savonnerie, Paris, A. Morancé, 1976.
COURAL Jean, Beauvais : manufacture nationale de tapisserie, Paris, Centre national des arts plastiques, 1992.
DESRANTE Virginie, « Thorvaldsen du marbre au biscuit », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n° 25, 2016, p. 106-115.
DUPONT Pierre, Stromatourgie ou De l’excellence de la manufacture des tapis dits de Turquie, Paris, Charavay Frères, 1882.
ENNÈS Pierre (dir.), Un défi au goût : 50 ans de création à la Manufacture royale de Sèvres, 1740-1793, Paris, Réunion des musées nationaux, 1997.
FAŸ-HALLÉ Antoinette (dir.), « De quelques statuettes du XVIIIe siècle », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n° 11, 2002, p. 21-25.
FAŸ-HALLÉ Antoinette (dir.), Les vases de Sèvres, XVIIIe-XXIe siècles : éloge de la virtuosité, Dijon, Faton, 2014.
FENAILLE Maurice, CALMETTES Fernand, État général des tapisseries de la manufacture des Gobelins depuis son origine jusqu’à nos jours, 1600-1900, Paris, Hachette, 1903.
FROISSART Cyrille, « La porcelaine d’Orléans (1753-1782) et l’attribution des marques au lambel », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n° 8, 1999, p. 7-19.
GAY-MAZUEL Audrey, « Splendeurs de la faïence de Rouen », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n° 20, 2011, p. 35-50.
GENSOLLEN Isabelle, Le marquis de Marigny : administrateur des arts de Louis XV, Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2022.
GIRARD Caroline, « Charles-Axel Guillaumot (1730-1807), architecte et administrateur de la manufacture des Gobelins », Livraisons d’histoire de l’architecture, vol. 8, n° 1, 2004, p. 97-106.
GRIL-MARIOTTE Aziza (dir.), L’artiste et l’objet. La création dans les arts décoratifs (XVIIIe-XXe siècle), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2018.
GUILLEMON-BRULON Dorothée, « Porcelaine de Sèvres : le service de la princesse des Asturies », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n° 13, 2004, p. 53-60.
JOULIE Françoise, « Le rôle de François Boucher à la manufacture de Vincennes », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n° 13, 2004, p. 33-52.
LA HUBAUDIÈRE Christian de, SOUDÉE LACOMBE Chantal, « Edme Serrurier, “Entrepreneur de la Manufacture Royalle des Terres d’Angleterre établie à Paris” », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n° 12, 2003, p. 9-18.
LA HUBAUDIÈRE Christian de, SOUDÉE LACOMBE Chantal, « Faïences de Rouen à décor de chinoiseries d’Augsbourg », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n° 21, 2012, p. 46-56.
LACHAT Raymond (dir.), Mobilier national, manufactures nationales des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie, Paris, Mobilier national, manufactures nationales des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie, 1993.
LE DUC Geneviève, PLINVAL DE GUILLEBON Régine de, SOUDÉE LACOMBE Chantal, « Contribution à l’étude de la manufacture de Saint-Cloud pendant ses cinquante premières années », Keramik-Freunde der Schweiz, n° 105, 1991.
LE DUC Geneviève, « Des collections royales et princières de porcelaine (1650-1750) », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n° 4, 1995, p. 15-23.
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Catalogues d’exposition
BERTRAND Pascal-François, Aubusson, tapisseries des Lumières splendeurs de la Manufacture royale, fournisseur de l’Europe au XVIIIe siècle, (musée départemental de la Tapisserie d’Aubusson, 15 juin – 31 oct. 2013), Heule, Snoeck, 2013.
CAROLA-PERROTTI Angela, AGLIANO Andreina d’., Classici e d’invenzione : il biscuit in Italia tra rocaille e neoclassicismo, Rome, Ugo Bozzi ed., 2009.
Chefs-d’œuvre de la Manufacture royale des Gobelins au XVIIIe siècle, Arras, Musée des beaux-arts d’Arras, 1959.
FRICKER Jeanine (dir.), Charles Le Brun, premier directeur de la Manufacture royale des Gobelins, Paris, Ministère d’État, Affaires culturelles, 1962.
Les manufactures et ateliers d’art de l’État. Imprimerie nationale, Monnaies et Médailles, Sèvres, tapisseries et tapis : Gobelins, Beauvais, la Savonnerie, Besançon, Musée d’histoire du palais Granvelle, 1957.
PRÉAUD Tamara, SCHERF Guilhem (dir.), La Manufacture des Lumières. La sculpture à Sèvres de Louis XV à la Révolution, Sèvres, Faton, 2015.
SARMANT Thierry (dir.), Créer pour Louis XIV : les manufactures de la Couronne sous Colbert et Le Brun, Paris, Mobilier national, 2019.
Splendeur de la peinture sur porcelaine au XVIIIe siècle. Charles-Nicolas Dodin et la manufacture de Vincennes-Sèvres, France, Éditions Artlys, 2012.
VITTET Jean, Les amours des dieux : la mythologie dans la tapisserie du XVIIe au XXe siècle, Beauvais, Galerie nationale de la tapisserie, 2004.
VITTET Jean, Tapis de la Savonnerie pour la chapelle royale de Versailles, Paris, Réunion des musées nationaux, 2006.
VITTET Jean (dir.), La tenture de l’histoire d’Alexandre le Grand : collections du Mobilier national, Paris, Réunion des musées nationaux, 2008.
VITTET Jean, BREJON DE LAVERGNEE Arnaud (dir.), La tapisserie hier et aujourd’hui : actes du colloque École du Louvre et Mobilier national et Manufactures nationales des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie, Paris, École du Louvre, 2011.
VITTET Jean, Les Gobelins au siècle des Lumières : un âge d’or de la manufacture royale, Paris, Swan, 2014.
Quellennachweis:
CFP: Les manufactures d’art aux XVIIe-XVIIIe siècles (Paris, 11-12 Jun 26). In: ArtHist.net, 04.02.2026. Letzter Zugriff 04.02.2026. <https://arthist.net/archive/51659>.