CFP Mar 25, 2023

Jeudis de l'art - "Se souvenir... ou pas?" (online/Paris, 12 Oct 23 – 14 Mar 24)

l’Institut Catholique de Paris
Deadline: May 30, 2023

Elisabeth Ruchaud

Pour la treizième année consécutive, les Jeudis de l’art, cycle de conférences en histoire de l’art gratuit et ouvert à tous, se dérouleront à l’Institut Catholique de Paris. Ils s’étendront sur les deux semestres de l’année universitaire 2023-2024 (entre octobre et avril). Dans le cadre des cursus de licence et de master de la Faculté des Lettres, ces rencontres régulières veulent apporter un complément aux enseignements généraux en abordant des sujets plus spécifiques, et créer un lieu d’échanges interdisciplinaires entre étudiants, enseignants et public extérieur.

Avec l’intitulé « Se souvenir… ou pas ? », nous souhaitons engager une réflexion sur la mémoire et son corollaire l’oubli, qu’il soit volontaire ou non. « Faculté qu’a l’esprit de fixer, de conserver et de rappeler des idées, des connaissances acquises, des évènements, des images, des sensations, des états de conscience antérieurs » , la mémoire entretient avec l’art et les images une relation étroite. Dans la mythologie grecque, la titanide Mnémosyne est la déesse de la mémoire et la mère des neuf muses. Elle aurait inventé les mots et le langage, donné un nom à toute chose et donc la possibilité de s’exprimer et concevoir sa place dans le monde. Ses filles, quant à elles, présidaient aux arts, formes d’expression plus complexes et capables de donner corps à des pensées autrement informulables. Au IVe siècle avant notre ère, Platon, théoricien des idées et de la connaissance, considère que se souvenir, c’est conserver la trace de sensations imprimées dans la mémoire comme un sceau dans la cire. On ne se souvient pas on se « re-mémore », on ne connait pas on « re-connaît » ; c’est tout un processus de sensations donnant accès au monde des « Formes premières », aux archétypes de la connaissance.

En proposant des images, plus ou moins subjectives, plus ou moins partagées, sur lesquelles d’autres fonderont l’interprétation d’un récit, d’un évènement, d’une période, l’art est un principe actif de la mémoire. De ce point de vue, toutes créations artistiques ou découvertes archéologiques qui, d’une façon ou d’une autre, font vivre un souvenir, revivre un évènement ou survivre une trace transmise à travers le temps, de façon continue ou discontinue, participent d’une forme de mémoire individuelle et/ou collective.

Nous souhaitons justement comprendre quels rapports l’humanité a entretenu avec cette notion. Quels ont été les outils artistiques pour l’inscrire dans une sorte « d’éternité du souvenir » ? Quelles traces perdurent ou sont retrouvées, témoignant des croyances et des valeurs des sociétés à travers les âges ? Dans l’Atlas Mnémosyne (1921-29), Aby Warburg interroge les liens formels entre différentes images et souligne, ce faisant, l’idée d’une mémoire iconographique persistante. Plus récemment, les recherches entreprises par Frances A. Yates dans L’art de la mémoire (traduction française, Gallimard, 1987) étudient la façon dont a été conceptualisé « l’art de la mémoire » durant l’Antiquité, le Moyen-Âge et la Renaissance. Quelles réponses chacune de ces périodes a-t-elle apportées à la question « comment avoir une ‘’bonne’’ mémoire ? ». Ainsi, notre volonté n’est pas de se limiter aux œuvres purement commémoratives, comme peuvent l’être très concrètement les monuments funéraires, mais de penser la mémoire, les souvenirs et même l’oubli à travers l’art dans toutes ses formes.

Enfin, nous souhaitons nous pencher sur les mécanismes de l’oubli et de l’invisibilisation, quel qu’en puisse être les raisons. Le damnatio memoriae ou la cancel culture, les multiples formes de détournements involontaires ou d’appropriations abusives, sont autant d’exemples d’interventions directes sur la mémoire. Qu’ils s’agissent de rectifications argumentées ou de manipulations intéressées, la mémoire est un choix du présent qui constitue le terreau fertile de l’avenir. Nous pouvons alors nous interroger : qui et que doit-on commémorer ou pas ? Et qui décide de cela ? L’art doit-il célébrer, rendre compte, dénoncer, faire oublier ? Ou peut-il se contenter de n’être qu’un simple document ?

Autour de ces grandes lignes, nous souhaitons ouvrir notre propos à toutes études sur le travail de la mémoire, de la trace et de l’oubli. Les communications attendues pourront porter, de façon non exhaustive, sur l’archéologie (toute période confondue), les techniques de conservations et de restaurations, les différents domaines de l’art (architecture, sculpture, peinture, littérature, …), la création artistique (qu’elle soit contemporaine ou non), l’histoire, la philosophie, la psychologie, etc., à toute époque (de la période antique au monde contemporain) et toute aire géographique confondue (de l’Asie à l’Amérique, en passant par Byzance et l’Afrique).

Quatre séances sont prévues, de 18h30 à 20h, (à savoir les jeudis 12 octobre et 16 novembre 2023, 8 février et 14 mars 2023) en hybride (ou uniquement en distanciel, si les conditions sanitaires l’exigent). Elles permettront à deux ou trois intervenants de se retrouver autour d’une thématique commune que nous déterminerons en fonction des propositions reçues. Le but est de créer une discussion entre les différents participants, mais aussi avec le public. D’ailleurs, pour permettre à ce dernier de prendre part au débat plus aisément, nous mettons à sa disposition sur notre page dédiée sur le site internet de l’Institut catholique de Paris (www.icp.fr) des éléments d’informations qui lui donneront certaines clés de compréhension, et par la suite d’approfondissement, pour aborder de tels sujets. Une séance (dont la date reste encore à déterminer) se déroulera, toujours en hybride, sur le nouveau campus de l’ICP à Rouen.

Toutes propositions de communication, tant de chercheurs confirmés que de jeunes docteurs et doctorants, sont bienvenues. Étant donné le sujet abordé, historiens de l’art, archéologues, conservateurs, restaurateurs, architectes, plasticiens, mais aussi historiens, philosophes, et autres, sont attendus dans la mesure où les présentations sont issues de leurs spécialités de recherche et/ou de pratique. De même, le cycle se situe dans une approche transpériodique couvrant des aires géographiques variées du monde occidental à l’Orient chrétien, de l’Asie au Proche Orient etc. N’hésitez pas par ailleurs à nous proposer la communication d’un collègue ou d’une connaissance qui puisse mettre en relief les problématiques que vous aborderez.

Chaque intervention devra durer 20 minutes environ. En fin de séance, une discussion avec les auditeurs et les autres acteurs de la séance permettra d’approfondir les thématiques abordées. Les intervenants devront tenir compte du public, mêlant auditeurs libres et étudiants de licence et de master, et adapter leur discours en conséquence.
Toute personne intéressée peut envoyer son projet de communication (CV réduit/courte biographie + synopsis d’une page maximum), par voie électronique, à l’adresse suivante : jeudisdelarticp.fr, avant le mardi 30 mai 2023. Merci également d’indiquer les possibles dates auxquelles vous ne pourriez pas être présent et de prévoir une image libre de droit qui pourrait illustrer l’affiche de votre séance et si vous étiez dans l’impossibilité de participer à la séance sur le campus de Rouen.
Pour toute question supplémentaire, nous sommes à votre disposition par mail.


Comité scientifique
Les propositions de conférences seront examinées par les organisateurs du cycle de conférences :
Pierre-Emmanuel PERRIER de La BÂTHIE (docteur en histoire de l’art contemporain et chargé d’enseignement à l’ICP).
Élisabeth RUCHAUD (docteur en histoire de l’art médiéval et chargée d’enseignement à l’ICP et à l’École du Louvre).
Margaux SPRUYT (docteur en histoire de l’art du Proche-Orient ancien et chargée d’enseignement à l’ICP. Membre associée à l’UMR 8167 – Orient et Méditerranée).
François MOUREAUX (étudiant de L3 histoire de l’art, ICP).
Outre la qualité scientifique des propositions et des intervenants, nous nous attacherons également à sélectionner des interventions complémentaires au sein de chacune des quatre séances prévues, afin de créer une dynamique favorable aux échanges.

Reference:
CFP: Jeudis de l'art - "Se souvenir... ou pas?" (online/Paris, 12 Oct 23 – 14 Mar 24). In: ArtHist.net, Mar 25, 2023 (accessed May 18, 2024), <https://arthist.net/archive/38880>.

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