[German version below]
Artistes vus d’ailleurs.
Circulations et réceptions dans les revues artistiques francophones et germanophones depuis 1945.
(dir. Irène Cagneau)
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les échanges artistiques entre les espaces francophones et germanophones se sont profondément renouvelés. L’intensification des expositions internationales, le développement des politiques culturelles et la multiplication des revues d’art ont favorisé la circulation des artistes et des œuvres entre la France, l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse et, plus largement, les espaces francophones et germanophones. Les revues constituent à cet égard des observatoires privilégiés : loin de simplement refléter l’actualité artistique, elles sélectionnent, hiérarchisent et interprètent les artistes et les œuvres venus d’ailleurs.
Les travaux consacrés à des périodes antérieures ont montré l’intérêt d’une telle approche. Friederike Kitschen a ainsi étudié la réception de l’art allemand dans les revues spécialisées françaises autour de 1900 et mis en évidence les mécanismes de sélection à l’œuvre dans la perception d’une scène artistique étrangère . Le cas de l’expressionnisme est particulièrement révélateur : malgré la présence à Paris d’artistes associés à cette avant-garde, celle-ci trouve alors peu d’écho dans les périodiques artistiques français. Circulation des artistes et visibilité éditoriale ne coïncident donc pas nécessairement.
L’étude des décennies postérieures à 1945 fait apparaître des questionnements comparables. Une analyse consacrée à l’art autrichien dans la revue Art Press montre par exemple la place importante accordée à l’actionnisme viennois et à ses héritages, notamment à travers Otto Muehl et Hermann Nitsch, mais aussi l’attention récurrente portée à Franz West ou Erwin Wurm. Une certaine image de l’art autrichien contemporain se dessine ainsi, associée notamment à l’expérimentation, au corps, à la performance et à la transgression . À une autre échelle, des périodiques plus confidentiels peuvent jouer un rôle essentiel dans la mise en visibilité d’un artiste : la revue-disque OU (1964-1974), animée par Henri Chopin, a ainsi contribué à mettre en valeur l’œuvre de Raoul Hausmann . Ces exemples invitent à considérer aussi bien ce que les revues choisissent de montrer que ce qu’elles laissent dans l’ombre.
C’est dans le prolongement de ces questionnements que ce numéro de Germanica propose d’étudier, depuis 1945, la circulation et la réception d’artistes issus des espaces francophones et germanophones dans les revues de l’autre espace culturel et linguistique. Quels artistes retiennent l’attention des rédactions, et lesquels demeurent peu visibles ? Quels discours accompagnent leur découverte, leur reconnaissance, leur consécration ou, au contraire, leur contestation et leur rejet ? Quels écarts observe-t-on entre leur présence dans les expositions, les galeries ou les institutions et leur visibilité dans les périodiques ? Comment leur réception évolue-t-elle dans le temps et d’un espace culturel à l’autre ? Quel rôle jouent enfin les critiques, journalistes, historiens de l’art ou commissaires d’exposition dans ces processus ?
Le corpus pourra inclure des revues françaises telles qu’Art Press, Beaux-Arts Magazine, Connaissance des Arts ou L’Œil ; allemandes comme Kunstforum International, Texte zur Kunst, Monopol ou art – Das Kunstmagazin ; autrichiennes comme Parnass ou EIKON ; suisses comme Kunst-Bulletin, Parkett ou Du. Cette liste n’est pas exhaustive : les grandes revues de référence comme les publications spécialisées, indépendantes, militantes, locales, éphémères ou plus confidentielles pourront être étudiées. Ces dernières peuvent en effet constituer des lieux privilégiés de découverte, d’expérimentation critique et de défense d’artistes encore peu reconnus, sinon censurés ou marginalisés dans les circuits artistiques dominants.
Les propositions pourront notamment porter sur :
• la réception d’artistes germanophones dans les revues francophones et d’artistes francophones dans les revues germanophones ;
• la circulation d’un artiste entre plusieurs revues et espaces culturels, ainsi que l’évolution de sa réception ;
• les écarts entre présence sur la scène artistique et visibilité éditoriale ;
• les processus de découverte, de légitimation et de consécration, mais aussi de critique, de rejet, de marginalisation ou d’oubli ;
• les critiques, rédacteurs, historiens de l’art et commissaires d’exposition comme médiateurs et passeurs ;
• les choix et les silences éditoriaux : quels artistes et quelles tendances sont privilégiés, minorés ou absents, et quelle image d’une scène artistique étrangère ces choix contribuent-ils à construire ?
Bibliographie indicative
Arnoux, Mathilde, Thomas W. Gaehtgens et Friederike Kitschen (dir.), Perspectives croisées. La critique d’art franco-allemande, 1870-1945, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2009.
Cagneau, Irène, « L’art autrichien dans les revues artistiques françaises (1890-1945) », DECAF – Dictionnaire des échanges culturels Autriche-France, 2026, mise en ligne le 4 février 2026.
https://decaf-fr.literaturtirol.at/wiki/L%E2%80%99art_autrichien_dans_les_revues_artistiques_fran%C3%A7aises_(1890-1945) (consulté le 02/09/2026)
Chevrefils Desbiolles, Yves, Les revues d’art à Paris, 1905-1940, nouvelle éd. mise à jour, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2014.
Des revues d’art en Europe…, catalogue d’exposition. Paris, Ent’revues, Strasbourg, Musées de la Ville de Strasbourg, 1991.
Froissart Pezone, Rossella et Yves Chevrefils Desbiolles (dir.), Les revues d’art. Formes, stratégies et réseaux au XXe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011.
Kalantzis, Alexia, Hélène Védrine et Norbert Verdier (dir.), Les périodiques comme médiateurs culturels. Autour de la diffusion des savoirs, Gif-sur-Yvette, MSH Paris-Saclay éditions, 2023.
Kitschen, Friederike, « Die Rezeption zeitgenössischer deutscher Kunst in französischen Fachzeitschriften um 1900 – monographische Aufsätze als Beitrag zur Kanonbildung », in Ulrich Mölk (dir.), Europäische Kulturzeitschriften um 1900 als Medien transnationaler und transdisziplinärer Wahrnehmung, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2006, p. 261-280.
Minta, Anna, Rachel Mader et Änne Söll (dir.), « Kunstzeitschriften und die Institutionen des Kunstbetriebs », kritische berichte. Zeitschrift für Kunst- und Kulturwissenschaften, vol. 42, no 2, 2014.
Mölk, Ulrich (dir.), en collaboration avec Susanne Friede, Europäische Kulturzeitschriften um 1900 als Medien transnationaler und transdisziplinärer Wahrnehmung, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2006.
Pezzini, Barbara (dir.), The Art Press in the Twentieth Century: Aspects in Europe and the United States, Visual Resources: An International Journal of Documentation, vol. 31, nos 1-2, 2015, p. 1-126.
Smerling, Walter (dir.), Art and Press. Kunst, Wahrheit, Wirklichkeit, Cologne, Wienand, 2012.
Stead, Évanghélia et Hélène Védrine (dir.), L’Europe des revues, 1880-1920 : estampes, photographies, illustrations, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2008.
Stead, Évanghélia et Hélène Védrine (dir.), L’Europe des revues. II. 1860-1930 : réseaux et circulations des modèles, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2018.
Stead, Évanghélia, Sisyphe heureux. Les revues artistiques et littéraires : approches et figures, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2020.
The Art Press. Two Centuries of Art Magazines, Londres, Royal Victoria and Albert Museum, 1976.
Toute autre proposition sera examinée avec intérêt.
Les propositions de contribution en allemand ou en français (max. 1 page) accompagnées d’une notice bio-bibliographique sont à envoyer à Irène Cagneau au plus tard le 15 janvier 2027 (irene.cagneauuphf.fr).
La publication du numéro est prévue pour juin 2028 et les manuscrits (max. 40 000 caractères) devront parvenir à la rédaction de Germanica au plus tard le 30 novembre 2027.
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Germanica Nr. 82/2028
Call for Papers
Künstler im Blick der Anderen
Zirkulation und Rezeption in frankophonen und deutschsprachigen Kunstzeitschriften seit 1945
(Hrsg. Irène Cagneau)
Seit dem Ende des Zweiten Weltkriegs hat sich der künstlerische Austausch zwischen den frankophonen und deutschsprachigen Räumen grundlegend gewandelt. Die zunehmende Zahl internationaler Ausstellungen, die Entwicklung der Kulturpolitik und die wachsende Vielfalt an Kunstzeitschriften haben die Zirkulation von Künstlern sowie von Kunstwerken zwischen Frankreich, Deutschland, Österreich und der Schweiz und den weiteren frankophonen und deutschsprachigen Regionen gefördert. Zeitschriften stellen in dieser Hinsicht besonders aufschlussreiche Beobachtungsfelder dar. Sie bilden das aktuelle Kunstgeschehen nicht nur ab, sondern treffen auch eine Auswahl, setzen Hierarchien und interpretieren Künstler sowie Werke aus anderen kulturellen Räumen.
Forschungen zu früheren Epochen haben das Erkenntnispotenzial eines solchen Ansatzes bereits aufgezeigt. Friederike Kitschen hat beispielsweise die Rezeption deutscher Kunst in französischen Fachzeitschriften um 1900 untersucht und dabei die Selektionsmechanismen herausgearbeitet, die die Wahrnehmung einer ausländischen Kunstszene bestimmen . Besonders aufschlussreich ist in diesem Zusammenhang das Beispiel des Expressionismus: Obwohl Künstler dieser Avantgardebewegung in Paris präsent waren, fand sie in den französischen Kunstzeitschriften der Zeit nur wenig Resonanz. Die Zirkulation von Künstlern und ihre publizistische Sichtbarkeit decken sich somit nicht zwangsläufig.
Die Untersuchung der Jahrzehnte nach 1945 wirft ähnliche Fragen auf. Eine Analyse der österreichischen Kunst in Art Press zeigt beispielsweise, welchen bedeutenden Platz der Wiener Aktionismus und seine Nachwirkungen in der Zeitschrift einnehmen, insbesondere in Beiträgen zu Otto Muehl und Hermann Nitsch. Auch Franz West und Erwin Wurm finden wiederholt Beachtung. Dadurch zeichnet sich ein bestimmtes Bild der österreichischen Gegenwartskunst ab, das insbesondere mit Experiment, Körper, Performance und Transgression verbunden ist . Auf einer anderen Ebene können auch weniger verbreitete Periodika eine wesentliche Rolle für die Sichtbarkeit einzelner Künstler spielen: So trug die von Henri Chopin herausgegebene Zeitschrift OU (1964–1974) dazu bei, das Werk Raoul Hausmanns stärker ins Blickfeld zu rücken . Diese Beispiele legen nahe, sowohl danach zu fragen, was Zeitschriften sichtbar machen, als auch danach, was sie im Schatten lassen.
An diese Fragestellungen knüpft die vorliegende Ausgabe von Germanica an. Sie widmet sich der Zirkulation und Rezeption von Künstlern aus frankophonen und deutschsprachigen Räumen seit 1945 in den Zeitschriften des jeweils anderen Kultur- und Sprachraums. Welche Künstler finden die Aufmerksamkeit der Redaktionen, und welche bleiben hingegen wenig sichtbar? Welche Diskurse begleiten ihre Entdeckung, Anerkennung und Kanonisierung oder umgekehrt ihre Infragestellung und Ablehnung? Welche Diskrepanzen bestehen zwischen ihrer Präsenz in Ausstellungen, Galerien oder Institutionen und ihrer Sichtbarkeit in Zeitschriften? Wie verändert sich ihre Rezeption im Laufe der Zeit und beim Übergang von einem kulturellen Raum in einen anderen? Welche Rolle spielen schließlich Kunstkritiker, Journalisten, Kunsthistoriker oder Ausstellungskuratoren in diesen Prozessen?
Das Korpus kann französische Zeitschriften wie Art Press, Beaux-Arts Magazine, Connaissance des Arts oder L’Œil umfassen, deutsche wie Kunstforum International, Texte zur Kunst, Monopol oder art – Das Kunstmagazin, österreichische wie Parnass oder EIKON sowie schweizerische wie Kunst-Bulletin, Parkett oder Du. Diese Liste ist keineswegs erschöpfend: Neben etablierten Kunstzeitschriften können auch spezialisierte, unabhängige, engagierte, lokale, kurzlebige oder weniger verbreitete Publikationen untersucht werden. Gerade letztere können bevorzugte Orte der Entdeckung, der kritischen Auseinandersetzung und der Förderung von Künstlern sein, die noch wenig anerkannt, zensiert oder innerhalb des etablierten Kunstbetriebs marginalisiert sind.
Mögliche Themenfelder sind unter anderem:
• die Rezeption von Künstlern aus deutschsprachigen Räumen in frankophonen Zeitschriften und umgekehrt die Rezeption von Künstlern aus frankophonen Räumen in deutschsprachigen Zeitschriften;
• die Zirkulation von Künstlern zwischen verschiedenen Zeitschriften und kulturellen Räumen sowie die Entwicklung ihrer Rezeption;
• Diskrepanzen zwischen der Präsenz in der Kunstszene und der publizistischen Sichtbarkeit;
• Prozesse der Entdeckung, Legitimation und Kanonisierung, aber auch der Kritik, Ablehnung, Marginalisierung oder des Vergessens;
• Kunstkritiker, Redakteure, Kunsthistoriker sowie Ausstellungskuratoren als Vermittler zwischen verschiedenen Kulturräumen;
• redaktionelle Entscheidungen und Leerstellen: Welche Künstler bzw. welche Tendenzen werden bevorzugt, marginalisiert oder ausgeblendet, und welches Bild der jeweils anderen Kunstszene wird durch diese Entscheidungen mitgeprägt?
Weitere Themenvorschläge sind ausdrücklich willkommen.
Beitragsvorschläge in deutscher oder französischer Sprache (max. 1 Seite) sind zusammen mit einer kurzen bio-bibliografischen Notiz bis zum 15. Januar 2027 an Irène Cagneau (irene.cagneauuphf.fr) zu senden.
Die Veröffentlichung der Ausgabe ist für Juni 2028 vorgesehen. Die Manuskripte (max. 40.000 Zeichen) müssen der Redaktion von Germanica spätestens bis zum 30. November 2027 vorliegen.
Reference:
CFP: Germanica n°82/2028: Artistes vus d’ailleurs. In: ArtHist.net, Sep 22, 2026 (accessed Sep 22, 2026), <https://arthist.net/archive/54296>.