CFP Jun 25, 2026

Sculpture et processus créatifs en France (Lausanne, 11-12 Feb 27)

Université de Lausanne, Suisse, Feb 11–12, 2027
Deadline: Sep 14, 2026

Célia Zuber, Geneva

Sculpture et processus créatifs en France du XVIe au XVIIIe siècle : de l’idée à la mise en œuvre.

Colloque organisé par Sarah Munoz (MER2 suppléante, Université de Lausanne), Jean Beuvier (Chercheur FNS senior, Université de Lausanne), Federica Vermot (Chercheuse FNS senior, Université de Lausanne) et Célia Zuber (Chercheuse FNS senior, Université de Lausanne).

Dans son traité sur l’« Arte della scultura » imprimé en 1568, Benvenuto Cellini consacre plusieurs pages aux "qualités de différents marbres statuaires", aux "modèles en terre", à "la manière de travailler le marbre avec les outils" ou encore à un " Nouveau procédé pour exécuter en grand les modèles faits sur une petite échelle ", avant d’apporter un " Bref discours sur l’art du dessin ". Il offre ainsi quelques connaissances sur la matérialité de sa pratique et sur les différentes étapes de l’élaboration d’une œuvre sculptée, sur lesquelles les historien‧ne‧s de l’art se sont souvent fondé‧e‧s pour tenter de comprendre les processus créatifs des sculpteurs de l’époque moderne. Le cas italien est le mieux étudié, grâce aux nombreux dessins et modèles en terre conservés de Michel-Ange, Cellini, Jean de Boulogne et le Bernin notamment, mais aussi grâce aux témoignages de Vasari dans ses « Vies » (Laving 2007, Cole 2011, Cole 2014, Debenedetti, Motture 2022).

Qu’en était-il cependant de la pratique des sculpteurs établis en France à l’époque moderne ? Des explications relatives à leurs processus créatifs (Baudry, Bozo 1978) ont principalement été compilées à partir des renseignements fournis par « Le Grand livre des peintres » de Gérard de Lairesse (1707, trad. 1787) et par l’entrée sur la sculpture dans l'« Encyclopédie » de Diderot et d’Alembert (1765), ainsi qu’à partir de l’étude de la conception et de l’exécution de la statue équestre de Louis XV et de « L' Amour se faisant un arc de la massue d’Hercule » par Edme Bouchardon, œuvres particulièrement bien documentées grâce aux nombreux dessins et maquettes conservés (Joly Parvex 2015, Trey 2016). Selon cette interprétation traditionnelle, la création de la sculpture se déroulerait en deux phases : d’abord un travail préparatoire composé de dessins aboutissant à une maquette, puis la taille de l’œuvre finale par le sculpteur lui-même ou par des praticiens à partir de cette maquette. Cette lecture a été réaffirmée récemment (Baudry, Bozo [1978] 2022). Cependant, les sources graphiques, modelées et textuelles révèlent une diversité de pratiques qui invite à approfondir l’analyse des processus de création. Une approche diachronique permet notamment d’entrevoir les changements de procédés et la manière dont les savoir-faire transmis par les textes ont été reçus et adaptés à l’époque moderne. Des études plus précises sur les processus créatifs des sculpteurs ont ainsi été produites de façon ponctuelle et parfois très récemment, principalement à partir des dessins préparatoires (Scherf 1999, Hattori, Scherf 2008-2009, Bresc-Bautier 2023, Cojannot-Le Blanc 2023, Roffidal 2023) et plus rarement des textes (Julien 2023).

Ce colloque constitue l’une des dernières étapes du projet de recherche « La fabrique de la sculpture : processus créatifs des sculpteurs en France aux XVIe et XVIIe siècles » (2025-2027), financé par le Fonds national suisse et mené à l’Université de Lausanne, qui est consacré à l’étude de la conception des œuvres sculptées. L’analyse de nombreux dessins et maquettes en terre, en cire ou plus rarement en bois, ainsi que des textes manuscrits (marchés de sculpture, contrats d’apprentissage, inventaires après décès, conférences de l’Académie) ou imprimés (traités, biographies, témoignages isolés) permet de mieux comprendre la façon dont les sculptures étaient conçues depuis leur commande jusqu’à leur mise en place. Perçues comme des indices et des traces de la genèse des œuvres, ces sources offrent des clefs de compréhension à propos de l’élaboration des projets, des changements opérés en cours de réalisation, des étapes de fabrication et de leur durée, des principales préoccupations et points d’attention des sculpteurs ou encore des difficultés et contraintes rencontrées. De même, l’analyse matérielle, notamment révélée lors de restaurations, permet d’appréhender les procédés techniques des sculpteurs ainsi que leurs gestes. Ce colloque s’inscrit ainsi dans le regain d’intérêt pour la transmission des savoir-faire (Beauvoit, Jouteau, Ognier 2018, Lorre 2019, Lemerle 2020), pour la matérialité des œuvres (CIHA 2024), et plus récemment encore pour les processus créatifs (Pagliano 2025).

Par des analyses de cas ou des études thématiques, l’ambition de ce colloque est donc d’interroger les processus créatifs des sculpteurs en France à l’époque moderne et de mieux comprendre leurs méthodes de travail, leurs techniques et leur pensée artistique. Quels sont les étapes et les procédés qui précèdent l’aboutissement des œuvres sculptées ? Quelle place occupent le dessin et les maquettes dans l’apprentissage des sculpteurs, dans leur pratique et dans la création sculpturale ? Comment le relief est-il transcrit dans le dessin ? Comment le passage du dessin ou de la maquette à la sculpture s’opère-t-il ? Quelle est la place des textes transmettant des savoir-faire liés à la pratique de la sculpture dans la création ?

Les communications porteront sur la sculpture en France du XVIe au XVIIIe siècle ainsi que sur les arts et techniques apparentés (orfèvrerie, ivoire, mobilier, décors en bas-relief) et pourront aborder les axes suivants :

- Conception et projection de la sculpture : adaptations et interprétations des modèles, étapes de fabrication, rôles et usages des dessins et des maquettes, prise en compte du lieu de destination ;
- Collaborations entre les corps de métiers : sculptures conçues par des peintres, objets d’arts décoratifs conçus par des sculpteurs, décor conçus par des architectes, fonctionnement des ateliers, polymatérialité, polychromie ;
- Pratique et théorie : apprentissage, techniques de sculpture, traités de sculpture, théorisation, vocabulaire technique, transmission et circulation des savoir-faire ;
- Geste du sculpteur : procédés techniques, innovations, outils et leurs traces, empreintes, constitution et aménagement de l’atelier, différences entre travail en atelier et sur chantier ;
- Réception et réparations : réponse à la commande, écarts vis-à-vis de la commande, expertises et appréciations, maladresses d’exécution, repentirs ;
- Dessins et maquettes : propriété du commanditaire ou de l’artiste, valeur juridique, conditions et raisons de leur conservation, collectionnisme.

Cet appel à communications s’adresse à une large communauté de spécialistes – historien‧ne‧s de l’art, conservateur‧rice‧s, restaurateur‧rice‧s – issu‧e‧s des universités, des musées et des institutions de recherche, de conservation ou de restauration. Les communications dureront 30 minutes et pourront se faire à une ou deux voix. Les propositions, constituées du titre et du synopsis de la communication (environ 250 mots), d’une présentation biographique de l’intervenant‧e (8 à 10 lignes) et d’un bref CV, sont à envoyer avant le 14 septembre 2026 à Sarah Munoz (sarah.munozunil.ch). Les frais de voyage, d’hébergement et de repas seront pris en charge. Une publication est prévue sous la forme d’un ouvrage collectif regroupant les contributions des participant‧e‧s du colloque et d’autres chercheur‧se‧s. Cette publication nécessitera que les textes soient remis au plus tard le 30 avril 2027.

Reference:
CFP: Sculpture et processus créatifs en France (Lausanne, 11-12 Feb 27). In: ArtHist.net, Jun 25, 2026 (accessed Jun 26, 2026), <https://arthist.net/archive/52798>.

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